Lundi 17 décembre 2018

Orléans

Jour de fête…

Six jeunes artistes au Musée des beaux-arts

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 499 mots

Le Musée des beaux-arts d’Orléans poursuit son programme de diffusion de l’art contemporain en région Centre avec une exposition collective tournée vers de multiples représentations de l’objet. Personne pour faire la fête.

ORLÉANS - Après les interventions d’Alain Fleischer en octobre dernier, Éric Moinet, conservateur du musée, a proposé à Céline Saraiva d’organiser une exposition de jeunes artistes, dans le prolongement des deux expositions de "Jour de fête", la feue galerie associative qu’elle animait dans le centre ville l’an passé.

Le titre de l’exposition ne renvoie ni au choix des œuvres, ni, on le comprend vite, à l’ambiance de cette salle mal éclairée au premier sous-sol du musée. Il n’a d’ailleurs pas été facile aux artistes de gérer cet espace hérité de la muséographie des années soixante-dix, comme en atteste la réaction de Delphine Coindet qui, dès l’entrée, a calfeutré tout un mur de laine de verre. On pense à Plight de Beuys, qui, à Londres en 1985, las du bruit des marteaux-piqueurs, avait couvert les murs de la galerie Antony d’Offay de rouleaux de feutre, une œuvre reconstituée à Paris au Musée national d’art moderne.

En présentant parallèlement cinq grands "diamants" fabriqués en contre-plaqué, Delphine Coindet semble vouloir, ainsi que chacun des artistes présents, échapper à un registre formel identifiable. Comme par exemple Frédéric Tolmatcheff qui, à force de brouiller les pistes – de la cocotte pliée dans des affiches lacérées au bout de grillage suspendu, ou encore au morceau de tuyau sur le mur –, s’enlise dans un "post-nouveau réalisme" décrit dans le catalogue comme un capharnaüm privé.

Les Baques de floue, flaques de boue que Patrick Martinez fait entretenir chaque jour pour qu’elles restent humides, affichent, elles au moins, un désordre plus public, puisqu’un seau, placé par le musée pour recueillir une fuite d’eau, s’intègre à son installation. Hugues Reip propose, lui aussi, à la fois une série de robots en carton, une toile représentant un personnage gribouillé, et une projection de diapositives, Automatic.

On y voit défiler un répertoire d’espaces et d’objets dont la configuration, l’état souvent intermédiaire, ont retenu son attention : chantiers, maisons murées, échafaudages, alignement de balcons,… En ce sens, on peut parler d’"images de sculpteur" dans la filiation de Raymond Hains en France, ou de Richard Wentworth en Grande-Bretagne.

Ces expériences ouvrent souvent sur les enjeux d’une sculpture formaliste qui tente d’échapper à elle-même, sans la force d’un Robert Morris ni l’humour d’un Cloes Oldenbourg. Le catalogue laisse pourtant entrevoir chez la plupart d’entre eux des univers plus personnels, et parfois plus drôles. On regrette, par exemple, ne pas voir un ensemble plus cohérent d’œuvres de Régis Pinault, ou de ne pas avoir été passé au gigantesque presse-citron de Betty Bui. Le spectateur qui, pour cette fois, aurait l’impression de ne pas avoir été à la fête, peut toujours aller voir le film de Tati dans sa version en couleurs.

"Jour de fête", jusqu’au 15 février, Musée des beaux-arts d’Orléans, 10h-12h et 14h-18h, sauf le mardi. Catalogue, 48 p., 80 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : Jour de fête…

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