Dimanche 25 février 2018

Johan Creten, céramiste romantique à tendance baroque

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 29 septembre 2008

Le musée de la Chasse et de la Nature reçoit dans ses salles, aux côtés d’œuvres signées Rubens, Chardin et autres Koons, les œuvres de Johan Creten, sculpteur et céramiste belge invité depuis trois ans à la Manufacture nationale de Sèvres, à l’initiative de cette expo-hommage.

Sur deux niveaux, tel un cabinet de curiosités qui n’en finirait pas d’être en gestation, la salle d’exposition temporaire, au rez-de-chaussée, présente les récentes sculptures de grès ou de céramique émaillée de Creten, accompagnées de leurs dessins préparatoires, pendant qu’à l’étage d’autres sculptures de cet artiste sont malicieusement disséminées parmi les collections permanentes, offrant ainsi un dialogue savoureux avec les peintures animalières et les objets naturalistes du lieu.
Les titres poétiques de Creten évoquent à loisir faune et flore : Petite vague, Vague moyenne, Très grande vague, Jardin secret, La Retournée, Les Amants, La Langue, Les Poulpes. À n’en pas douter, ces coquillages accrochés au mur, ces vulves de roses, ces couples hermaphrodites et ces pieuvres aux tentacules inquiétants nous parlent de sensualité sur fond d’Eros-Thanatos. Aux côtés d’un renard empaillé lové dans un fauteuil Grand Siècle, la femme-fleur tranchante Odore di femmina (2006) est un pur joyau, entre innocence décorative et théâtre de la cruauté.
Mixant humain, animal et végétal, les sculptures charnelles de Creten jouissent de métamorphoses infinies. On lorgne ouvertement du côté d’Arcimboldo, de l’art rocaille ou de Cocteau. L’interview de Creten diffusée à l’exposition, nous laisse d’ailleurs deviner le tempérament romantique, à tendance baroque, de ce plasticien.
Le dynamisme de la ligne, le brillant de l’émail et les couleurs somptueuses de ses sculptures organiques (blanc nacré, rose saumon, rouge sang, vert Véronèse, bleu pétrole) sont vraiment envoûtants. Dommage que les dessins du Cabinet, issus de la collection de l’artiste, soient plastiquement nettement moins convaincants que ses sculptures de feu.

Voir

« Johan Creten », musée de la Chasse et de la Nature, 60, rue des Archives, hôtel de Guénégaud, Paris IIIe, www.chassenature.org, jusqu’au 26 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°606 du 1 octobre 2008, avec le titre suivant : Johan Creten, céramiste romantique à tendance baroque

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