Dimanche 15 décembre 2019

Fondation Miró et Musée d’histoire de la Catalogne, Barcelone (Espagne)

Joan Miró : activiste aux pinceaux

Jusqu’au 18 mars 2012

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 17 novembre 2011 - 396 mots

Une exposition Miró, encore une ! Pourtant, la réponse est nette : cette nouvelle présentation vaut le déplacement à Barcelone.

Dans ce haut lieu du « Mirómonde » qu’est la Fondation Miró, l’exposition « L’échelle de l’évasion » a le mérite de mettre en lumière une facette peu explorée de l’artiste : un homme culturellement et politiquement engagé. Un choix de plus de cent soixante œuvres provenant de collections publiques et privées du monde entier permet de découvrir un Joan Miró (1893-1983) situé à mille lieues du cliché d’un créateur joyeusement porté par les couleurs de ses rêves.
Les premières salles nous font éprouver la dilection du jeune peintre confronté aux paysages de sa Catalogne natale (Le Potager à l’âne, 1918). Autre toile incontournable – elle fut achetée par Hemingway –, La Ferme (1921-1922), une confondante synthèse des recherches de Miró, encore minutieux transcripteur de la réalité, et déjà porté par cette liberté puisée dans sa découverte du surréalisme lors de son premier séjour à Paris en 1920.

Viscéralement attaché à son identité catalane – « Je me sens Catalan, je visite l’Espagne comme un pays étranger » –, Miró était aussi viscéralement républicain, antifranquiste et nationaliste catalan. Les violences de la guerre civile espagnole et de la Seconde Guerre mondiale, puis la dictature n’ont cessé de susciter chez lui de vives réactions. Il participe au pavillon républicain espagnol de l’Exposition internationale à Paris en 1937. Cette même année de guerre civile, il crée l’affiche « Aidez l’Espagne » figurant un homme à l’énorme poing levé.

Les années d’après-guerre ne seront pas moins virulentes. Le 9 février 1974 il peint cet immense triptyque d’une belle rigueur épurée, L’Espoir du condamné à mort. Moins d’un mois plus tard, Puig i Antich, un anarchiste catalan, fut exécuté par strangulation. Un accrochage cohérent, aéré et lumineux, permet une relecture stimulante d’une œuvre que l’on croyait finalement bien connaître.
Situé aux abords du port de Barcelone, le Musée d’histoire de la Catalogne complète ce panorama. L’exposition présente de nombreuses affiches et gravures réalisées par un artiste devenu dans les années 1970-1980 une figure emblématique de la lutte pour la reconnaissance de l’identité catalane.

Voir

« Joan Miró. L’échelle de l’évasion », Fondation Joan Miró, parc de Montjuïc, Barcelone, www.fundaciomiro-bcn.org

« Joan Miró. Affiches d’une époque, d’un pays », Musée d’histoire de la Catalogne, plazza de Pau Vila, 3, Barcelone, www.mhcat.net

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°641 du 1 décembre 2011, avec le titre suivant : Joan Miró : activiste aux pinceaux

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