Dimanche 25 juillet 2021

Art moderne

XXE SIÈCLE

Jean Puy, protégé d’Ambroise Vollard

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 22 juillet 2021 - 651 mots

PONT-AVEN

Le Musée de Pont-Aven retrace la collaboration du peintre et de son premier marchand, qui lui a offert des conditions de travail privilégiées et lui a ouvert de nouvelles voies artistiques.

Jean Puy, Barques vertes à Collioure, 1913, huile sur toile, 60 x 73 cm, collection P. Steffan, Lyon © Amis de Jean Puy.
Jean Puy, Barques vertes à Collioure, 1913, huile sur toile, 60 x 73 cm, collection P. Steffan, Lyon.
© Amis de Jean Puy

Pont-Aven (Finistère). Jean Puy (1876-1960) est un peintre encore peu connu du grand public, même si sa mémoire est soutenue par une association très active. Il fait régulièrement l’objet d’expositions et ses œuvres précédant la Seconde Guerre mondiale peuvent atteindre une cote inattendue. Au Salon d’automne de 1905, il fut associé aux peintres baptisés « fauves » par le critique Louis Vauxcelles. Mais il était moins sauvage que son ami Henri Matisse : alors que ce dernier présentait Femme au chapeau et Fenêtre ouverte à Collioure, véritables explosions de couleurs, Jean Puy se faisait remarquer avec une sorte d’autoportrait chinois, Flânerie sous les pins, lumineux mais rendu dans des tons assourdis, parmi lesquels ce qui devait devenir le fameux « rose Jean Puy ».

Vollard, cet excellent marchand

En décembre 1905, le marchand Ambroise Vollard (1866-1939) acheta toutes les œuvres présentes dans l’atelier de Puy, comme il l’avait fait la même année pour André Derain, et s’engagea sur le long terme à commercialiser sa production. Claude Allemand, co-commissaire de l’exposition avec Éric-Pierre Moinet, décrit un Vollard « extrêmement rusé », un excellent marchand « qui a su conquérir le monde de l’art et des collectionneurs ». En le faisant entrer dans un cercle d’artistes dont il prêtait les œuvres à différentes galeries pour des expositions et qu’il exportait aux États-Unis, en Russie, en Autriche, en Allemagne ou en Suisse, il a donné pendant une vingtaine d’années à Jean Puy la possibilité de travailler dans le confort, tandis qu’il le poussait à de nouvelles expériences comme l’illustration et la peinture sur céramique. De décembre 1905 à mars 1926, qui marque la fin de leur collaboration exclusive, Jean Puy a tenu des comptes précis, ce qui lui a permis de conclure qu’il avait vendu 550 tableaux et 28 céramiques à Vollard. Grâce à ce dernier, le peintre (que Vollard qualifiait de « Cézanne de l’avenir ») est aujourd’hui présent dans des collections du monde entier.

Se bornant à montrer uniquement des objets ayant appartenu à Vollard, l’exposition de Pont-Aven n’est pas une rétrospective. Elle commence par un bel ensemble d’études d’après le modèle, féminin si l’on excepte un autoportrait de 1907 et Nu masculin, le modèle Bevilaqua (1901), une huile sur carton, peinte lors d’une séance payée en commun avec Matisse, Derain et Jean Biette, et vendue à Vollard avec le fonds d’atelier. Puy se cherche, passant par des nus anguleux et synthétiques aux couleurs poussées, des figures précisément rendues, d’autres floues. Une salle consacrée à la figure contient des chefs-d’œuvre avec Petite faunesse dormant (1904-1906) de la collection Paul Dini, Portrait présumé d’Eugénie Frémissard (1905) venant du Musée Joseph-Déchelette de Roanne, qui a présenté l’exposition avant Pont-Aven, et Jeune femme de profil 1904, une huile sur carton (coll. part.). Dans des céramiques peintes à la demande de Vollard, l’artiste fait montre d’une grande liberté.

Le talent de Puy était aussi celui du paysage. Dans sa région roannaise d’origine ou en Bretagne où, excellent marin, il s’est rendu chaque année à partir de 1897, en passant par le Midi où il retrouvait ses amis peintres Henri Manguin et Charles Camoin, il a fait preuve d’un sens aigu de la lumière (celle du Midi lui semblant cependant trop vive). Mais c’est dans la nature morte que se révèle le coloriste et l’artiste prêt à bousculer la perspective, le fauve en somme.

On ne peut parler de la relation de Puy et Vollard sans aborder l’illustration. C’est en entendant le récit que l’artiste faisait de la guerre de 1914-1918, qui l’avait durement éprouvé, que Vollard lui demanda d’illustrer sa suite du Père Ubu de son ami Alfred Jarry. Le Père Ubu à la guerre, paru en 1920 et en édition de luxe en 1923, a permis à Puy de cracher sa douleur, son mépris et ses sarcasmes. Alors qu’il travaillait depuis longtemps à des illustrations pour le Candide de Voltaire, Vollard mourut. Le livre ne parut pas.

Jean Puy-Ambroise Vollard, un fauve et son marchand,
jusqu’au 2 janvier 2022, Musée de Pont-Aven, place Julia, 29930 Pont-Aven.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°571 du 9 juillet 2021, avec le titre suivant : Jean Puy, protégé d’Ambroise Vollard

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