Jan Voss, ordre et désordre

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 juin 2003

Finalement, il y a deux façons d’inviter le regard à pénétrer dans un tableau : soit en lui proposant une organisation de l’image, sinon rationnelle, du moins appuyée sur un réseau de références spatiales ou figurées repérables ; soit en l’immergeant dans le monde intriqué d’une structure informe en le laissant se dépêtrer à sa guise au fur et à mesure qu’il tente de l’appréhender. Si la première manière renvoie à l’idée d’une peinture plus ou moins narrative, la seconde  implique une liberté d’entrée et de lecture qui fait écho à la volonté de l’artiste de ne rien imposer comme préalable. Si l’on était tenté de retrouver là les deux grandes orientations – l’une apollinienne, l’autre dionysiaque – que prête à la création le philosophe Nietzsche, force serait de dire que c’est bien à la seconde qu’adhère l’art de Jan Voss. Non qu’il ne soit sensible aux notions d’harmonie et d’équilibre – il faut bien que le tableau « tienne » ! – mais il est partisan d’un « art du déplacement », si l’on en croit l’analyse qu’en fait Yves Michaud. De fait, la ligne est le vecteur fondamental selon lequel se déploie l’œuvre de cet artiste, né en 1936, originaire d’Allemagne, installé en France depuis plus de quarante ans et qui a jadis participé aux aventures de la « figuration narrative ». Mais si elle en est le « premier thème » (Y. M.), cette ligne n’est autre qu’une sorte de fil conducteur à toutes sortes de traversées. Dans la couleur. Dans la matière. Dans la forme. Comme en témoigne ce parcours rétrospectif dans l’œuvre de Voss des quinze dernières années. L’imprévu, le capricieux, l’accidentel, y sont autant de modalités qui en règlent l’errance. Si Jan Voss aime tant à se laisser envahir par les signes, c’est parce qu’il sait que la ligne le délivrera toujours pour finir des risques d’un chaos. Du point au plan, elle lui offre l’assurance d’une logique de jeu qui lui permet de composer avec les extrêmes. Qu’il s’agisse d’aquarelles aux motifs quasi aériens ou de grandes toiles se dressant comme des façades, il y va toujours chez lui d’un écart entre ordre et désordre, entre quelque chose qui se fait et quelque chose qui se défait. Et le regard y navigue avec d’autant plus de bonheur que rien n’y est figé, que tout y est en instance.

« Jan Voos, l’art du déplacement », CHAMBÉRY (73), musée des Beaux-Arts, place du Palais de Justice, tél. 04 79 33 75 03, 28 mars-25 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°548 du 1 juin 2003, avec le titre suivant : Jan Voss, ordre et désordre

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