Dimanche 26 janvier 2020

The National Gallery, Londres

Jan Gossaert - Passeur de l’ombre

Jusqu’au 30 mai 2011

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 17 février 2011 - 370 mots

Réunissant près de quatre-vingts de ses œuvres, cette première exposition d’envergure depuis bientôt un demi-siècle est consacrée à celui que l’on considère comme étant un des traits d’union entre le maniérisme flamand et la Renaissance italienne.

Ce rôle de passeur, Jan Gossaert (né à Maubeuge vers 1478, d’où il tire son autre nom de Mabuse, mort à Middelburg en 1532) le doit au voyage qu’il fait en 1508 pour accompagner son protecteur, Philippe de Bourgogne, à Rome. Il découvre là les maîtres toscans, étudie les monuments et les sculptures antiques qu’il copie et interprète avec une habileté étonnante ; en témoigne une feuille de dessins de 1509 où se lit l’application de l’admirateur. 
Remontant vers sa contrée nordique, il rapporte de son séjour en Italie le goût des allégories et des scènes mythologiques, un nouveau sens de la lumière, surtout la maniera qu’il s’emploie à répandre. Il affiche aussi un penchant marqué pour la double figure d’Adam et Ève, thème qu’il reprend souvent et érotise avec complaisance. Une de ses peintures majeures, Hercule et Déjanire (1517) dépasse les canons de la plastique parfaite que Dürer avait élaborés. Il met en avant leur dialogue sensuel en croisant avec une évidente complaisance regards, bras, jambes et sentiments amoureux. Ainsi, de Van Eyck à Rubens, ce peintre au graphisme nerveux est un maillon précieux reliant la tradition aux formes novatrices qui suivent.
Les débuts de l’artiste restent assez mal connus. Inscrit à la guilde de Saint-Luc d’Anvers, travaillant dans le droit fil de la tradition gothique, il ouvrit un atelier et fut influencé notamment par Rogier Van der Weyden. Il privilégia les décors architecturaux qui encadrent des personnages dont il accentuait les attitudes hiératiques et qu’il chargeait de vêtements somptueux. Déjà bien établie aux Pays-Bas, sa renommée s’étendit en Europe et jusqu’au Danemark dont le roi lui passa plusieurs commandes. Son Portrait d’un marchand, peinture de 1530 dont les détails minutieux contribuent à accroître le pouvoir autant que la suffisance, montre combien Gossaert a été un portraitiste habile, ne sacrifiant rien à sa volonté d’approcher au plus près une réalité alliée au désir de vérité. 

« La Renaissance de Jan Gossaert »,

The National Gallery, Trafalgar Square, Londres (Grande-Bretagne), www.nationalgallery.org.uk, jusqu’au 30 mai 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°633 du 1 mars 2011, avec le titre suivant : Jan Gossaert - Passeur de l’ombre

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