Samedi 17 novembre 2018

Jacques Pourcher, en quête d’essentialité

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2003 - 372 mots

Il est des rencontres décisives. Ainsi celle qu’a faite Jacques Pourcher du Mémorial Brion, œuvre de l’architecte italien Carlo Scarpa (1906-1978), un îlot éloigné de tout, sis à San Vitalo d’Attivole, près de Trévise. Aux dires de l’artiste, un lieu exceptionnel tout entier voué au silence, à la contemplation et au retrait. Comme un pré carré planté de cyprès, au beau milieu d’une immense plaine, abritant une sorte de mausolée à l’architecture d’une totale pureté et à la décoration mosaïque influencée par Byzance. S’il n’est guère prisé des guides, le Mémorial Brion l’est des plus grands, et les architectes contemporains y font volontiers pèlerinage. En quête d’essentialité, Jacques Pourcher y a jeté son dévolu, y puisant les motifs de toute une série de travaux récents qui sont le prétexte de son exposition chez Nouvelet. L’art de cet artiste résolument discret, sinon secret, relève d’un travail d’une extrême méticulosité qui en appelle tout à la fois au dessin et à la musique.
La composition pour orchestre que Luigi Nono a créée pour Scarpa est ainsi à l’origine d’une série de gouaches « microtonales » que Pourcher a constituées sur le mode de la suite, en écho aux variations de la ligne musicale horizontale/verticale du compositeur, elles-mêmes déduites des combinaisons de lignes infinies de l’architecte.
Il s’agit de compositions subtilement modulées que rythment toutes sortes de jeux de touches colorées ; d’effets d’apparition et d’effacement que déclinent tour à tour lignes et circonvolutions ; d’infinis entrelacs qui dessinent ici et là toute une iconographie symbolique plus ou moins explicite. Les gouaches de Pourcher qui cultivent le peu, voire le rien, sont puissamment chargées de ce lieu rare et suspendu qu’a voulu Scarpa. Là, plus qu’ailleurs, « tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté », comme l’écrit Baudelaire. L’œuvre retenue de Jacques Pourcher, faite sur la pointe du trait, ne pouvait y trouver meilleur asile. Après les séries qu’il a réalisées dans le passé à propos de Giverny et le Ryoan-ji, l’artiste confirme son intérêt pour les lieux de retrait où, seul, l’esprit qui y souffle peut sauver l’homme.

« Jacques Pourcher – C.S/San Vito », PARIS, galerie Olivier Nouvelet, 19 rue de Seine, VIe, tél. 01 43 29 43 15, 9-20 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°553 du 1 décembre 2003, avec le titre suivant : Jacques Pourcher, en quête d’essentialité

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