Vendredi 19 octobre 2018

Iris Clert, microspective

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2004 - 370 mots

« The most advanced art gallery in the world. » La carte de visite rouge monochrome où s’inscrivait cette formule, qu’Iris Clert (1917-1986) remettait à ses interlocuteurs à la fin de sa vie, pouvait passer pour prétentieuse. Il n’en était rien.
Elle témoignait bien plus de la formidable aventure vécue par cette marchande de tableaux hors pair, fidèle accompagnatrice notamment du nouveau réalisme. La mini-exposition documentaire que le musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg a l’excellente idée d’organiser à son propos est l’occasion de prendre la mesure d’une activité professionnelle qui n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était.
De 1957 à 1986, Iris Clert n’a eu de cesse d’organiser des expositions qui font aujourd’hui date :
avec Yves Klein – Propositions monochromes, en 1957, la première entièrement bleue de l’artiste, et
Le Vide, l’année suivante ; avec Arman, Le Plein en 1960 ; avec Fontana, Concetti spaziali en 1961 ; avec Ad Reinhardt, Les Forces immobiles en 1963, etc.
Du quartier des Beaux-Arts au centre de Paris, la galerie à son nom a connu successivement trois adresses qui ont été comme les rendez-vous incontournables d’une création aujourd’hui pour l’essentiel historicisée. Ses cartons d’invitation, ses cartes de vœux et quelques œuvres privées sont autant de traces parfaitement illustratives d’un regard pionnier qui a su repérer les formes et les attitudes les plus prospectives de l’art contemporain de son temps. Tout comme l’était son Stradart, poids lourd Berliet transformé en galerie ambulante, né de la volonté de « déspécialiser » le point de vente et de diffusion de l’art.
Parce qu’elle fut un « véritable lieu alternatif, au rayonnement international » et qu’aujourd’hui elle « nous apparaît comme un îlot de liberté dans ce Paris des années 1950 » (Stéphanie Airaud),
la galerie Iris Clert passe pour un modèle dont « l’Artventure » (titre donné par Iris Clert à son autobiographie, Denoël, 1978 et 2003) fut exceptionnelle. Inscrite dans le parcours contemporain du musée, la microspective que lui consacre Strasbourg se présente comme la préfiguration de ce que pourrait être un hommage national à la grande dame.

« Iris Clert, microspective », STRASBOURG (67), musée d’Art moderne et contemporain, 1 place Jean Arp, tél. 03 88 23 31 31, 7 nov.-1er février 2004.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°554 du 1 janvier 2004, avec le titre suivant : Iris Clert, microspective

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