Dimanche 24 janvier 2021

Belfort (90) et Montbéliard (25)

Images de l’inhumanité

Musée des beaux-arts, Citadelle de Belfort, Le 19-CRAC de Montbéliard et autres lieux jusqu’au 11 janvier 2016

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 18 novembre 2015 - 315 mots

Mêlant des œuvres d’artistes qui travaillèrent dans les ghettos polonais et moururent en déportation à celles de survivants de l’effroyable cauchemar ainsi qu’à celles d’artistes contemporains qui s’emparent de la tragédie, cette exposition interroge le regard sur plusieurs plans, humain, historique, esthétique.

De plus, la variété des supports trouve sa  justification comme si pour exprimer l’horreur chaque médium jouait un rôle de dénonciateur de la barbarie. Face à elle, si les expériences ne sont à l’évidence pas comparables, l’émotion est une. Du papier qui traduit l’insoutenable à la structure de béton qui en explicite la brutalité, du bronze qui fige la douleur à la vidéo qui la fait vivre sans oublier la peinture, la photo et la voix, le visiteur mesure à travers les témoignages vécus et les relectures filtrées par le temps ce qu’a été l’inhumanité absolue. Entrent alors en perspective Le Croque-mort de Felix Nussbaum (huile sur toile, 1942), les squelettes jouant aux échecs d’Henryk Beck (linogravure, 1944), la désinvolture des femmes SS (cliché de Karl Höcker, 1944), le glaçant défilé des bourreaux peint par Monory (1973), les dessins d’Odile Maarek qui fixent la mort au bout des chemins de ténèbres (mine graphite, 2014). Pour dire l’effacement de l’autre parce qu’il est différent, quelques photos d’yeux suffisent à Boltanski. Pour rappeler Le Massacre des innocents, Fred Deux enterre les corps au-dessus desquels poussent des branches sans feuille. L’ensemble des pièces réalisées par les cinquante artistes réunis pour célébrer les soixante-dix ans de la fin des camps nazis donne tout au long du parcours un visage à l’indicible et légitime l’impératif de mémoire. On apprécie que pour traiter un sujet aussi poignant les commissaires aient opté pour une présentation artistique de la « déchirure de l’histoire », évitant ainsi une surenchère de mauvais aloi. On regrette cependant la dispersion des œuvres dans plus de six lieux, certains éloignés, ce qui en dilue l’impact visuel.

« Retour sur l’abîme. L’art à l’épreuve du génocide »

Musée des beaux-arts, Citadelle et autres lieux à Belfort (90), Le 19 - CRAC à Montbéliard (25), www.musees-franchecomte.com et www.le19crac.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°685 du 1 décembre 2015, avec le titre suivant : Images de l’inhumanité

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