Il était une fois...

Histoires de princesses celtes en deux actes

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 29 août 2003 - 768 mots

Deux expositions, l’une à Châtillon-sur-Seine, l’autre à Saint-Germain-en-Laye, explorent le monde mystérieux de l’aristocratie européenne du premier âge du fer (VIIIe-Ve siècle avant notre ère), période d’apogée et de rupture des sociétés protohistoriques. La première réunit des pièces prestigieuses provenant de toute l’Europe, tandis que la seconde nous livre, dans un souci constant de lisibilité, dix années de recherche archéologique en Lorraine.

Châtillon-sur-Seine/Saint-Germain-en-Laye - En 1953, des archéologues découvrent au pied du mont Lassois, près de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), une tombe inviolée d’une richesse inédite : celle de “La Dame de Vix”, inhumée 2 500 ans plus tôt. Pour célébrer le cinquantenaire de cette découverte, le Musée du Châtillonnais plonge ses visiteurs au cœur de l’Europe du premier âge du fer (du VIIIe au Ve siècle avant notre ère). Aux côtés du célèbre cratère de Vix, haut de 1,64 m et lourd de plus de 200 kg, ont été réunies quantité de céramiques, trépieds et bassins, vases, fibules, bijoux, statues, conservés à Paris, Naples ou Berlin. C’est l’occasion de rapprochements pertinents comme la confrontation du torque en or, orné d’un petit cheval ailé, découvert au cou de la Dame de Vix, et du bracelet conservé au Musée d’Unterlinden de Colmar, en Alsace. Par leur aspect parfaitement poli, leur jonc creux formé d’une épaisse plaque d’or dont le montage s’effectue sur la face interne et leurs systèmes de fixation similaires, tous deux attestent d’un même savoir-faire et révèlent de grandes qualités techniques. Pour la première fois pourront également être comparés la surprenante statue en pierre trouvée en 1996 sur le site de Glauberg, en Allemagne, et les fragments de trois autres (en grès rouge, blanc et brun) mises au jour en 1991 au pied du mont Lassois. Leur signification exacte reste obscure, mais elles sont probablement liées à un culte des ancêtres, d’idoles réelles ou imaginaires. Certaines pièces témoignent de l’importance des échanges entre les mondes celte, étrusque et grec, à commencer par le cratère de Vix, fabriqué dans des ateliers grecs du sud de l’Italie, dont les anses en volutes figurent des gorgones et le col est décoré d’un défilé de soldats grecs. Au milieu du parcours figure une reconstitution du char où reposait la Dame de Vix, réalisée par le Musée central romain germanique de Mayence – certaines populations celtiques d’Europe centrale et occidentale avaient pour coutume d’enterrer les membres de leur aristocratie sur des chariots à quatre roues de construction complexe. Si le propos de l’exposition est passionnant, la scénographie, elle, pèche par son manque de finesse : le décor en bois censé évoquer le tumulus de la tombe de Vix ne permet pas une bonne lisibilité des objets et crée une ambiance quelque peu étouffante.

Des sociétés fortement hiérarchisées
Le monde princier du premier âge du fer a également retenu l’attention du Musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en Laye (Yvelines). À travers un parcours pédagogique et vivant, l’institution offre l’opportunité de découvrir dix ans de fouilles en Lorraine, menées sous la direction de Laurent Olivier, conservateur au musée. Associant frises chronologiques, photographies, cartes et petits textes didactiques, les nombreux cartels permettent de se familiariser au mieux avec la discipline scientifique. Dépassant largement les quatre siècles du premier âge du fer, le parcours débute à l’âge du bronze (XIVe siècle avant J.-C.) et s’achève avec l’époque mérovingienne (VIe siècle) et le haut Moyen Âge. Il s’organise autour des deux sépultures à char de princesses celtes, découvertes en 1990 à Diarville, près de la colline de Sion (Meurthe-et-Moselle), et conservées intactes depuis leur enfouissement à la fin du VIe siècle avant J.-C. Les restes de ces chars cérémoniels sont présentés tels qu’ils ont été découverts, de manière à montrer la structure d’un tumulus à deux tombes. Diffusées par une borne informatique, des images de synthèse permettent d’imaginer la manière dont les chars s’articulaient et comment étaient disposées les défuntes. Loin d’être isolées, les tombes des deux princesses appartiennent à un large ensemble de riches sépultures. Elles témoignent de l’émergence de sociétés aristocratiques, dont Sion pourrait avoir été le centre du pouvoir. Des communautés fortement hiérarchisées qui n’ont pas livré tous leurs secrets et dont ces deux expositions soulignent l’extrême vulnérabilité.

- AUTOUR DE LA DAME DE VIX – CELTES, GRECS ET ÉTRUSQUES, jusqu’au 14 octobre, Musée du Châtillonnais, rue du Bourg, 21400 Châtillon-sur-Seine, tél. 03 80 91 24 67, tlj sauf mardi, 10h-18h. Catalogue, 134 p., 18 euros. - TOMBES À CHAR – PRINCESSES CELTES EN LORRAINE, jusqu’au 29 septembre, Musée des antiquités nationales – Château de Saint-Germain-en-Laye, 78105 Saint-Germain-en-Laye, tél. 01 39 10 13 00, tlj sauf mardi, 9h-17h15 et 10h-18h15 le week-end. Catalogue 191 p., 25 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°175 du 29 août 2003, avec le titre suivant : Il était une fois...

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