Mercredi 17 octobre 2018

Hommage à George Sand

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 1 octobre 2004 - 446 mots

Comment organiser une exposition en hommage à un écrivain ? Comment montrer en image ceux dont on savoure surtout la beauté des mots ? À l’occasion du bicentenaire de la naissance de George Sand (1804-1876), la question a été soulevée par les commissaires du musée de la Vie Romantique. « Plutôt que de n’exposer que ses manuscrits, nous avons voulu recréer la “maison de la création”, son espace intérieur, exposer ses souvenirs pieux », explique Jérôme Godeau, le commissaire. Ainsi, il faut parcourir l’exposition comme on lit un poème, où chaque œuvre est un clin d’œil à la vie de l’auteur de La Mare au Diable et de La Petite Fadette. Et quelle vie étonnante ! On le comprend en découvrant les portraits de ceux dont elle a su s’entourer. Comment ne pas admirer celle qui fut l’amante de Delacroix (voir, dans la première salle, le portrait de George Sand de 1838), de Chopin et de Musset qui côtoya Liszt, Flaubert, Mérimée, Baudelaire et Balzac ? Comment ne pas être fasciné par cette grande figure du romantisme, fruit d’un mariage entre la royauté (voir le portrait du maréchal de Saxe par Quentin de La Tour) et du peuple (sa mère était artiste), qui partageait le malaise des enfants du siècle et fumait la pipe comme un homme ? L’exposition suggère à merveille la richesse de la personnalité de la romancière ainsi que sa sensibilité pour tous les arts, la musique, le théâtre, la peinture. Pour la première fois, le musée expose une partie du « musée personnel » de George Sand, qui comprenait sept tableaux de Delacroix, dont la superbe Éducation de la Vierge (1842) et le Bouquet de fleurs (1842-1848). Dotée de tous les talents, la romancière s’adonnait elle-même à l’art de l’aquarelle. Dans ses paysages naturels réalisés selon la technique de la « dendrite » (aquarelle écrasée entre deux papiers), on trouve la même atmosphère mélancolique que dans certains de ses romans. C’est aussi le monde du théâtre qui est évoqué à plusieurs reprises, notamment avec deux superbes marbres de Clésinger (La Tragédie et La Comédie de 1850). Enfin, l’exposition rend hommage aux lieux chers à la romancière : Venise par Corot (Étude pour Venise, la Piazzetta, 1828), Paris et bien sûr Nohan où elle s’enfermait pour « se soulager du spleen qui s’en va en encre ». L’exposition s’achève sur des objets personnels de l’artiste, ses bijoux, sa mèche de cheveux et, plus loin, quelques manuscrits. On avait presque oublié que cette grande dame écrivait.

« George Sand (1804-1876), une nature d’artiste », PARIS, musée de la Vie romantique, hôtel Scheffer-Renan, 16 rue Chaptal, IXe, tél. 01 55 31 95 67, jusqu’au 28 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°562 du 1 octobre 2004, avec le titre suivant : Hommage à George Sand

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