Mercredi 14 novembre 2018

Henry Moore révise sa mythologie chez Bourdelle

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 4 décembre 2007 - 323 mots

Non seulement le musée Bourdelle est, en plein cœur de la capitale, un véritable havre de paix et de contemplation esthétique, mais il propose au visiteur qui en est curieux une programmation d’une rare qualité. Qu’elle soit moderne ou contemporaine. L’idée d’y présenter Henry Moore (1898-1986), figure majeure de la sculpture anglaise du XXe siècle, est à plus d’un titre pertinente, d’autant que le propos est d’y mettre en exergue la dimension mythologique de l’œuvre de l’artiste, une mesure familière de son hôte.
S’il s’est tenu longtemps et délibérément à distance de la tradition classique, Moore est ramené vers elle après la lecture de L’Odyssée pendant la Seconde Guerre mondiale. Non en cédant à une quelconque manière formelle désuète, mais bien au contraire en proposant une formulation rénovée des canons et des clichés lui permettant d’ouvrir les portes de la modernité.
Pour ce faire, l’artiste, soucieux d’une représentation idéalisée du corps humain, a élaboré tout un langage plastique fait de formes rondes et distordues, volontiers ouvertes, voire transpercées, dont sa Figure allongée drapée de 1952-1953 peut passer pour en être le parangon. Son magnifique Guerrier au bouclier de 1953-1954 introduit quant à lui une figure masculine dans une œuvre où prédomine essentiellement l’élément féminin.
À la soixantaine de sculptures des années 1950 à 1980 réunies dans l’exposition parisienne, s’ajoutent nombre de dessins et de lithographies qui déclinent l’inlassable travail de recherche de l’artiste, tel son Prométhée Sketchbook, étonnantes variations sur un même thème. Si l’inventivité dont témoigne Henry Moore réside dans la façon très personnelle qu’il a d’interpréter les modèles de l’Antiquité, elle révèle aussi une préoccupation majeure, celle d’intégrer la figure dans le paysage. Comment pourrait-il en être autrement d’un insulaire, amoureux fou de la nature, et qui réclame de la mythologie comme une caution tout à la fois formelle et concep­tuelle ?

« Henry Moore et la mythologie », musée Bourdelle, 18, rue Antoine-Bourdelle, Paris XVe, tél. 01”‰49”‰54”‰73”‰73, www.bourdelle.paris.fr, jusqu’au 29 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°597 du 1 décembre 2007, avec le titre suivant : Henry Moore révise sa mythologie chez Bourdelle

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