Mardi 10 décembre 2019

Henri Michaux, tâter le monde au plus près

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 28 janvier 2008 - 352 mots

Fidèle à ses engagements de la première heure, la galerie Thessa Herold présente pour la sixième fois depuis 1993 une exposition personnelle du poète et peintre Henri Michaux (1899-1984). Vingt œuvres lui suffisent pour dire l’essentiel de la démarche de l’artiste, car ce sont là vingt œuvres significatives qui ont été choisies tout exprès parmi les différentes périodes de son travail. Comme une sorte de parcours en résumé, ponctué de gouaches des années 1930, de peintures à l’encre de Chine, de dessins mescaliniens et postmescaliniens, d’aquarelles et de peintures des années 1980.

Point commun à cet ensemble, un trait, une dynamique, une énergie, bref quelque chose d’éminemment vital. Qu’il effleure le papier de son pinceau chargé de gouache, qu’il le parcourt de petits signes griffés à l’encre, qu’il le parsème de taches imprévisibles, il s’agit chaque fois d’une animation au sens le plus fort du mot. Un flux, un souffle, une respiration semblent y avoir été révélés en surface qui disent quelque chose de la vie, voire de l’humain. Simple question d’inscription, sorte de signature d’un être au monde.
Henri Michaux disait « peindre pour manipuler le monde (ses formes), le tâter de plus près, directement ». C’est bien de cela en effet qu’il s’agit : d’un battement, d’une vibration, d’un tremblement. La vision qu’il nous en offre ne procède d’aucune mimesis, mais de l’expression d’un ressenti, comme l’illustrent à l’extrême les dessins créés sous mescaline expérimentant les résultats de l’altération de sa perception.
Parce que « la volonté » était pour lui « la mort de l’art », Michaux s’est essentiellement voué à la pratique d’une peinture diluée et rapide qui lui permettait de laisser libre cours à son imagination. C’était, lui semblait-il, la meilleure façon de pouvoir réussir à saisir l’être dans son surgissement, au moment premier où la forme émerge et où elle est en plein devenir. Tel est du moins l’enseignement que l’on peut tirer de cette superbe et stimulante exposition florilège.

Voir « Henri Michaux, œuvres choisies », galerie Thessa Herold, 7, rue de Thorigny, Paris IIIe, tél. 01 42 78 78 68, jusqu’au 1er mars 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°599 du 1 février 2008, avec le titre suivant : Henri Michaux, tâter le monde au plus près

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