Installation

Guillermo Kuitca tient salon

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 30 décembre 2014 - 482 mots

Pour célébrer les 30 ans de la Fondation Cartier, l’artiste convoque un monde indéfini et crépusculaire où dialoguent les œuvres et les artistes qui l’inspirent.

PARIS - Pour célébrer son 30e anniversaire en deux temps d’expositions, la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, a convié des personnalités qui l’ont accompagnée par le passé. Guillermo Kuitca est de celles-là ; il bénéficia en 2000 d’une exposition personnelle et revient sur les lieux en occupant les espaces du sous-sol. L’amateur de son œuvre y retrouvera son intérêt pour la géographie, figuré notamment par une réminiscence de la cartographie, qui souvent rejoint et explore des territoires mentaux. Omniprésents sont dans son travail des univers pas vraiment définissables, à l’atmosphère très théâtrale parfois, et aux limites floues toujours, ce que confirme une fois encore cette nouvelle proposition.

L’artiste argentin toutefois y change un peu de rôle, puisque si quelques-unes de ses œuvres sont présentes sur les cimaises, c’est à une dérive qu’il invite le visiteur en conviant là des artistes dont certains ont eux aussi marqué l’histoire de la Fondation, mais aussi son propre imaginaire. À commencer par le cinéaste arménien Artavazd Pelechian, figure centrale de cet accrochage avec un magistral film en noir et blanc de 1970 dont le titre est également celui donné à la manifestation, Les Habitants. Figurant pour l’essentiel des animaux, parfois en très gros plans allant jusqu’à l’abstraction la plus complète, la quiétude et une certaine grâce se transforment très vite en terreur, avec une tension qui semble annoncer l’approche d’une menace imminente, bientôt signifiée par des sons de coups de feu et des images de fuite. L’une des images les plus abstraites du film lui fait face sur un autre mur, imprimée en papier peint par Kuitca.

David Lynch et Patti Smith, invités d’honneur

Tout dans cette exposition à l’atmosphère crépusculaire et très lynchienne semble construit sur des renvois et des jeux d’échos, comme pour mieux insister sur une dimension du brouillage et de la perte. Ainsi avec ces chaises longues Antilopes dessinées par l’Argentin en 1996, que l’on retrouve au centre d’un de ses tableaux au fond noir de la même année (Untitled), sorte de scène de théâtre sur laquelle semblent se mouvoir des éléments de mobilier. Alors qu’une autre toile au blanc prédominant, avec des tracés évoquant une géographie partiellement gommée (Untitled, 2011), fait face, elle, à des ciels étoilés de Vija Celmins qui conduisent vers l’infini et ses illusions (Night Sky, 1994-1995). La géographie convoquée là est aussi celle de l’âme, avec un David Lynch omniprésent grâce à une peinture murale rouge qui rappelle l’univers de Twin Peaks, sur laquelle est adossé le film de Pelechian et qui conduit dans une autre salle, reprise de son exposition de 2007 en ces lieux. Patti Smith y lit un texte écrit avec le cinéaste. Il y est question de chute et de perte. Les Habitants sont déjà loin…

Les habitants

Jusqu’au 22 février, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bvd Raspail, 75014 Paris, tél. 01 42 18 56 67, www.fondationcartier.com, tlj sauf lundi 11h-20h, mardi 11h-22h, entrée 10, 50 €, Catalogue éd. Fondation Cartier, 72 p.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°426 du 2 janvier 2015, avec le titre suivant : Guillermo Kuitca tient salon

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