Mercredi 14 novembre 2018

Grigorescu

Itinéraires d'un peintre roumain

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 1 juillet 2006 - 392 mots

Demi-dieu en Roumanie, Nicolae Grigorescu (1838-1907) peut se prévaloir d’être l’artisan de la genèse de la peinture moderne dans son pays. Un demi-dieu et un prophète qui, venu chercher les commandements en France, revint chez lui faire des émules et dispenser sa leçon. Le musée des Beaux-Arts d’Agen, avant une seconde station à Barbizon, permet de découvrir cet apôtre de la modernité dans un lieu digne tout indiqué : une église, splendide annexe muséale en plein cœur de la vieille ville­.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la peinture roumaine est encore celle des icônes, figée dans une tradition byzantine séculaire. C’est donc logiquement que le jeune Grigorescu débute par des œuvres d’inspiration religieuse tandis que Bucarest, devenu l’un des centres intellectuels les plus effervescents d’Europe, se tourne vers l’Occident.
En 1862, muni d’un sésame précieux, le disciple quitte sa terre natale pour Paris. La révélation est immédiate puisqu’il ne cessera désormais de revenir vers la Ville Lumière où sa peinture, transformée, convertira l’art de son pays.
Ses pèlerinages à Barbizon en font l’ami de Jean-François Millet et de Théodore Rousseau. Si la peinture moderne, révolutionnée par le plein air, alimente son œuvre, Grigorescu n’en demeure pas moins fidèle à ses origines, insufflant à son art du folklore et de la fraîcheur. Ses premières toiles relèvent d’un éclectisme roboratif, oscillant entre l’influence des paysagistes et le réalisme, tel l’étonnant Gardien de Chailly (1867) dont les tons saturés et la pâte épaisse empruntent à son ami Courbet. En Bretagne, suite à sa découverte de l’impressionnisme, sa touche livre des couleurs vives et lumineuses, pleines d’une autorité parfois naïve.
Édouard Manet, Henri Matisse, Pierre Auguste Renoir : qu’elles figurent la France ou la Roumanie – qui prête pour l’occasion trente-quatre tableaux –, les œuvres de Grigorescu sont traversées d’influences multiples et palpitent de vibrations colorées. Des vibrations qui lui vaudront de perdre peu à peu la vue et d’inaugurer une surprenante « période blanche » où l’on retiendra un magnifique Bouquet de fleurs claires (après 1900). Des vibrations qui vaudront à Agen, dont était originaire le médecin avisé qui le soigna, de posséder la plus importante collection française de toiles de Nicolae Grigorescu…

« Nicolae Grigorescu. L’itinéraire d’un peintre roumain, de Barbizon à l’impressionnisme », musée des Beaux-Arts d’Agen (église des Jacobins), rue Richard-Cœur-de-Lion, Agen (47), tél. 05 53 87 88 40, www.ville-agen.frr/musee/, jusqu’au 14 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°582 du 1 juillet 2006, avec le titre suivant : Grigorescu

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