Dimanche 9 décembre 2018

Grenoble (38)

Giacometti « œuvre ouverte »

Musée de Grenoble jusqu’au 9 juin 2013

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 22 mars 2013 - 363 mots

« J’ai vu cette composition dans sa forme et sa couleur avant de la commencer, mais la femme avait les bras levés, les mains écartées, cela devient vite insupportable dans la sculpture. » Ainsi s’exprimait Giacometti dans une lettre à Pierre Matisse en 1950 à propos de son œuvre intitulée La Cage, datée de cette année et qui sera acquise deux ans plus tard par le Musée de Grenoble. Parce qu’elle lui apparaît comme une pièce maîtresse, son directeur, Guy Tosatto, a choisi de la mettre en exergue au centre d’une exposition autour des trois concepts clés qui gouvernent la démarche du sculpteur : « espace, tête, figure ». De sa participation au surréalisme à une forme de figuration abstraite, Giacometti n’a eu de cesse de développer ses recherches sur l’espace de la représentation, la verticalité de l’être et l’expression d’une présence universelle.

Structurée en onze thèmes qui parcourent l’œuvre du sculpteur sur le mode rétrospectif, l’exposition grenobloise éclaire d’un jour lumineux le lent processus qui a mené l’artiste à l’extrême d’une figuration et du genre du portrait. Un développement que résume à merveille l’une de ses formules fétiches : « La tête, ce sans quoi le corps ne serait rien. »

Grâce à des prêts précieux issus pour l’essentiel de la Fondation Alberto et Annette Giacometti, Guy Tosatto trace le profil singulier d’une œuvre trop souvent réduite à quelques clichés cultes. De La Boule suspendue (1930-1931) et du Nez (1947-1949) à la série peinte des têtes noires et stupéfaites des années de la fin, en passant par les différentes « Rencontres », « Figures debout » et autres « Conversations », les deux versions de La Cage gagnent une lecture nouvelle. Tout ce qui se joue chez Giacometti de problématique du socle, de rapport d’échelle et de mesure de densité y est rassemblé. Tout y est mis à nu de cette notion d’« œuvre ouverte » qui lui était chère, d’autant que La Cage est une « œuvre d’art à l’intérieur de l’œuvre » (Reinhold Hohl) et qu’elle opère aussi la collusion entre peinture et sculpture.

« Alberto Giacometti. Espace, tête, figure », Musée de Grenoble, 5, place Lavalette, Grenoble (38), www.museedegrenoble.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°656 du 1 avril 2013, avec le titre suivant : Giacometti « œuvre ouverte »

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