Mardi 18 décembre 2018

Villa Médicis, Rome

Garouste

Trente ans de carrière à la Villa Médicis

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 28 octobre 2009 - 395 mots

À l’en croire – ou plutôt à le lire – Gérard Garouste n’est pas un homme tranquille.

Passé les vicissitudes d’une biographie dont il a magistralement conté les hauts et les bas dans un ouvrage publié au printemps dernier – L’Intranquille (éd. L’Iconoclaste) –, il est l’une des figures phares de la scène française. Né en 1946, originaire de Bourgogne, Garouste développe une œuvre rare qui décline peinture, dessin et sculpture. S’il s’en prend surtout aux grands textes universels parce qu’il sait y trouver matière à réflexion, son œuvre compte également une importante galerie de portraits tant anonymes que familiers.
Dans les magnifiques salles de la villa Médicis, l’exposition romaine joue de la confrontation entre ces deux voies. D’une part, toutes sortes d’œuvres issues des différentes séries peintes au fil des trente dernières années, qu’il s’agisse de La Divine Comédie de Dante, de la Dive Bacbuc de Rabelais, du Don Quichotte de Cervantès, etc., voire de sa propre histoire personnelle ; de l’autre, tout un lot de portraits de commande qui s’appliquent au vieux principe de la mimesis. Le tout est complété par une série de sculptures et de grandes tentures dites « indiennes ».
En tous points, Gérard Garouste témoigne d’une étonnante richesse d’invention plastique et d’une façon d’interprétation de son sujet qui font basculer la tradition à l’ordre d’une vision totalement prospective. L’artiste n’a pas son pareil pour s’approprier les conventions et les canons de la peinture tout en leur inventant des formulations pleinement contemporaines.
On a dit sa peinture « cultivée ». Elle l’est en effet, mais elle est encore plus une peinture active qui ne laisse le regardeur ni indifférent, ni indemne, tant elle déroute et fascine à la fois. Elle déroute par la remise en question qu’opère le peintre dans sa façon de traiter le sujet dont il s’accapare ; elle fascine par la puissance de ses images et la maîtrise du médium qu’il utilise.
Si l’on peut regretter que le Musée national d’art moderne n’ait pas encore eu l’idée de consacrer une grande exposition à Gérard Garouste, il faut se réjouir de l’invitation que lui a faite Frédéric Mitterrand du temps qu’il dirigeait la villa Médicis : c’est l’occasion de prendre toute la mesure d’une œuvre essentielle. En attendant Paris, souhaitons-le…

« Gérard Garouste », Académie de France à Rome, Villa Médicis, Rome (Italie), www.villamedici.it, jusqu’au 3 janvier 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°618 du 1 novembre 2009, avec le titre suivant : Garouste

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