Dimanche 16 décembre 2018

Françoise Cachin, directeur des Musées nationaux

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 1998 - 694 mots

Quelles sont vos attentes, vos souhaits pour les musées français ? Quelles actions allez-vous mettre en œuvre pour qu’ils se réalisent ?
Mes attentes concernent notamment le public, et en particulier le public français de proximité, que je souhaite voir venir plus nombreux dans les musées. Le succès de "L’invitation au musée" 1997 montre que nous avons un public potentiel à conquérir peu à peu. Je souhaiterais également que le tourisme intérieur et extérieur se développe, et qu’il bénéficie davantage aux musées territoriaux dont les collections sont très riches mais encore trop peu connues. Nous allons pour cela, en liaison avec les différents partenaires concernés, mettre en œuvre un vaste plan de signalisation, comparable à celui des Monuments historiques, car les musées sont encore trop souvent difficiles à trouver.
S’agissant des acquisitions, le Fonds du patrimoine a été augmenté de 13,5 millions de francs de manière à nous permettre d’essayer d’acquérir des "trésors nationaux" dont les refus de certificat (autorisation de sortie) arrivent à échéance. Vous savez aussi que la loi du 31 décembre 1992 sur la circulation des biens culturels fait l’objet d’un projet de réforme, en concertation avec le marché de l’art : il faut prolonger l’autorisation de sortie au-delà de cinq ans, mais aussi mettre en place un dispositif d’expertise qui nous permettrait d’acquérir les œuvres refusées de certificat au coût réel du marché.

Comment a évolué la fréquentation des musées en 1997, à Paris et dans les musées de province ? Quelles sont les perspectives pour 1998 ?
Après la chute de fréquentation causée par les attentats, le plan Vigipirate et les grèves de 1995, un redressement s’est amorcé dès le second semestre de 1996. En 1997, de janvier à septembre, la fréquentation globale des trente-trois musées nationaux de la Direction des musées de France a augmenté de 5,5 % par rapport à la même période de l’année précédente, et cela malgré la fermeture du Musée Guimet. Celle du Louvre a augmenté de 7,3 %. En province, la fréquentation est variable selon les établissements. Le Musée des beaux-arts de Lille, inauguré début juin 1997, avait déjà reçu plus de 130 000 visiteurs début novembre. Dans l’ensemble, on peut dire que si baisse il y a, elle est moins accusée que les années passées, et que l’on assiste même à une amorce de redressement. Je ne me fais aucun souci pour 1998, à moins que les événements jouent contre nous. J’aimerais d’ailleurs nuancer ces fluctuations récentes, positives pour l’instant, par des chiffres sur le long terme : la fréquentation des musées nationaux a triplé en trente ans, et dans l’ensemble des musées de France, il y a 60 millions de visiteurs par an. Ne l’oublions pas.

Comment parvenir à attirer un plus large public à l’occasion d’expositions comme "Paris-Bruxelles", "Préault", "Nara", qui peuvent apparaître comme moins mobilisatrices ?
Les expositions que vous mentionnez ont eu, certes, un succès inégal : pour "Paris-Bruxelles", qui marche mieux à Gand qu’à Paris, peut-être était-ce simplement un problème de communication. Préault est un artiste méconnu des Français, qui, comme vous le savez, ne sont guère curieux de ce qu’ils ne connaissent pas, probablement en raison d’un manque quasi total de formation en histoire de l’art à l’école. "Nara", en revanche, a très bien marché. Le mot "trésor" agit toujours sur le public. Nous ne pouvons pas toujours produire des expositions comme "Cézanne" ou "La Tour". Il nous faut aussi faire découvrir des domaines nouveaux et donner une issue aux recherches scientifiques.

Qu’en est-il de la loi musée ? Quand devrait-elle aboutir ?
Le texte, qui a fait l’objet d’une très large concertation, est encore à l’étude car certains aspects peuvent être améliorés. Les décrets d’application sont en cours de rédaction. Mon espoir est évidemment que cette loi soit votée en 1998. Ce qui est en jeu, en effet, c’est la responsabilité de l’État au regard de la sauvegarde des collections publiques. Or nous ne disposons pour cela que d’une ordonnance de 1945 qui ne concerne que les musées des beaux-arts et n’est donc adaptée ni au cadre de la décentralisation, ni au développement qu’ont connu les musées ces vingt dernières années. Nous sommes dans un véritable vide juridique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°51 du 3 janvier 1998, avec le titre suivant : Françoise Cachin, directeur des Musées nationaux

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