Mardi 22 septembre 2020

Photographie

Francesca Woodman en replay

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 7 juin 2016 - 634 mots

La reprise à la Fondation Henri Cartier-Bresson de l’exposition conçue par le Moderna Museet de Stockhom,
aussi belle soit-elle, ne renouvelle pas le propos sur la photographe américaine

PARIS - Les expositions consacrées à Francesca Woodman (1958-1981) en France se comptent sur les doigts de la main. En 1998, la Fondation Cartier pour l’art contemporain lui a consacré pour la première fois à Paris une monographie, qu’elle produisit entièrement et prolongea la même année aux Rencontres d’Arles, toujours sous le commissariat d’Hervé Chandès, directeur de la Fondation Cartier. Réalisée directement avec les parents de la jeune femme, George et Betty Woodman, l’exposition avait par la suite circulé en Europe. Puis le galeriste Kamel Mennour réunit en 2002 une cinquantaine d’autoportraits réalisés entre 1977 et son suicide, alors qu’elle est âgée de 22 ans, parmi lesquels le célèbre On Being an Angel #1 réalisé à Rhode Island au printemps 1977, qui donne aujourd’hui son titre  à l’exposition de la Fondation Henri Cartier-Bresson. Nue, la tête renversée, le regard fixe, l’énigmatique Ophélie maîtrise parfaitement ses audaces, jeux et expressions photographiques. La jeunesse, la précocité et la fulgurance de l’œuvre de Francesca Woodman n’ont cessé de fasciner, inspirer photographes, artistes, écrivains. Les motifs des mises en scène de son corps, de son visage, de l’ange à la métamorphose ou à la disparition, ont suscité maints écrits et travaux critiques.

Conçue par Anna Tellgren, la conservatrice de la photographie au Moderna Museet à Stockholm, où elle a été d’abord montrée, l’exposition s’inscrit parfaitement dans l’intimité des espaces de la Fondation. On y retrouve ses autoportraits iconiques, d’autres moins vus telle cette photographie sans titre datée de 1972-1975 la montrant nue, floue, se glissant à genoux dans la cavité ouverte d’une stèle. Rien cependant de très nouveau dans ce qui est présenté ici, que ce soit dans la sélection des pièces ou le propos. Aussi belle soit l’exposition, aussi grand soit le plaisir pris, demeure en effet, la visite terminée, pour ceux qui connaissent l’œuvre de la photographe américaine du moins, un sentiment de vu et revu.

Le décalage est d’autant plus grand lorsqu’on se reporte à l’exposition « I’m trying my hand at fashion photography » proposée en 2015 par la galerie Marian Goodman de New York. La petite quarantaine d’autoportraits, la plupart inédits, ramenaient à sa passion pour la mode et à la grande influence de Deborah Turbeville, que l’on entrevoit seulement brièvement à la Fondation Cartier-Bresson. Elle élargissait surtout le champ de son univers visuel, témoignant d’une grande maturité artistique.

Un mythe entretenu

En sept ans, la jeune prodige a produit des milliers d’images. « Près de 800 photographies sont conservées au sein de L’Estate of Francesca Woodman fondé par ses parents à New York », rappelle Anne Tellgren. Pourquoi alors se focaliser toujours sur les mêmes vintages ? Pourquoi, par le titre donné à l’exposition « On Being an Angel » (« Devenir un ange »), aussi évocateur soit-il, entretenir le mythe photographique au travers du désir de disparition de l’artiste, énoncé ou considéré comme tel.
Dans la monographie éditée par Phaidon (2006), le texte de Chris Townsend, dans le prolongement des contributions de Rosalind Krauss et de Benjamin Buchloh, comme celui d’Abigail Solomon-Godeau, écrit dans le cadre de l’exposition de la Vertical Gallery (Vienne, 2014), replacent son œuvre dans le contexte artistique et culturel des années 1970. Le rôle du miroir, le thème de la disparition ne sont d’ailleurs pas sans évoquer l’écriture photographique de sa contemporaine Alix Cléo Roubaud (1952-1983). Leur démarche conceptuelle, leur maniement de l’intime, de la représentation de leur corps nu ou vêtu ont des points communs. Si elles divergent dans leurs sources d’inspiration, les deux approches révélent des similarités troublantes.

Francesca Woodman

Nombre d’œuvres : 96 photographies

Commissaire : Anna Tellgren, conservatrice de la photographie au Moderna Museet à Stockholm

Francesca Woodman. On Being An Angel

Jusqu’au 31 juillet, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2, impasse Lebouis, 75014 Paris, tél. 01 56 80 27 00, tlj sauf lundi, du mardi au dimanche 13h-18h30, samedi 11h-18h45, mercredi jusqu’à 20h30

Entrée 8 €. Ouvrage, Francesca Woodman : Devenir un ange, éd. Xavier Barral, 232 p., 105 ill., 35 €. www.henricartierbresson.org

Légende Photo :
Francesca Woodman, Self-deceit #1, Rome, Italie, 1978. © George and Betty Woodman

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°459 du 10 juin 2016, avec le titre suivant : Francesca Woodman en replay

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