Fabre, ce collectionneur qui fit de l’ombre au peintre

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 20 décembre 2007 - 714 mots

Pour avoir laissé son nom au musée montpelliérain, Fabre est parvenu à la lumière au prix d’une éclipse dommageable, celle de sa peinture. Du métier de vivre, peindre et collectionner.

Tu rejoindras Paris et tu parviendras à entrer dans un prestigieux atelier : tels pourraient être les deux commandements inébranlables énoncés à tout artiste né en province. Et telles furent donc les deux injonctions auxquelles souscrivit François-Xavier Fabre (1766-1837), trop versé dans la religion de l’art pour ne pas consentir à un dogme depuis longtemps très codifié. Dura lex, sed lex.

Le Montpelliérain se forme à Paris, dans l’atelier de David
Aussi, la formation artistique du jeune Fabre, au sein de l’école de dessin montpelliéraine et auprès du peintre Jean Coustou, n’est-elle qu’une étape préliminaire à une carrière parisienne qui lui tend les bras. Indispensable, elle est la marche à ne pas rater avant le grand seuil. Elle constitue un palier d’autant plus logique et sélectif qu’il ne souffre ni l’échec ni la médiocrité. La faute au talent, en somme, si Fabre rejoint la capitale en 1783, à l’âge de dix-sept ans...
Quitte à gravir des marches, autant emprunter l’escalier d’honneur : l’arrivée du jeune homme dans l’atelier de David lui permet à cet égard d’être introduit auprès du plus grand peintre de son temps et d’accéder à un privilège hautement convoité. L’enseignement du maître, qui forme les plus grands artistes de leur génération, est une carte de visite jalousée, véritable sésame apte à ouvrir de nombreuses portes dont celles de la prestigieuse Académie de France à Rome.
En 1784, David confirme les espoirs qu’il a placés en Fabre et lui confie le soin d’exécuter la version réduite de Bélisaire demandant l’aumône qu’il prend le soin de retoucher et de signer. L’anecdote est de taille. Elle préfigure l’irrésistible ascension du jeune élève qui, malgré deux échecs et une concurrence acharnée avec son camarade Girodet, est autorisé à partir pour le Saint des Saints romain en 1797 suite à un Nabuchodonosor faisant tuer les enfants de Sédécias. Fabre n’a alors que vingt et un ans et accède simultanément à la majorité et à la notoriété...

Grand prix de Rome, le jeune Fabre part pour l’Italie
Si Girodet lui reproche son « ton de supériorité de talent », Fabre s’acquitte durant ses six années romaines des différents devoirs qui lui incombent, depuis la copie des Anciens jusqu’aux académies normées et encore normatives. Le Salon parisien de 1791, où sont exposés Suzanne et les vieillards et Abel expirant, célèbre une trajectoire talentueuse et vive comme l’éclair. Mais l’éclair est d’autant plus tonitruant qu’il est vite étouffé par la tempête qui sourde au loin : celle de la Révolution française faisant de ce partisan de l’Ancien Régime un exilé en proie aux soupçons et à la disgrâce.
En 1793, il rejoint Florence, plus libre et libérale, où la comtesse d’Albany et son époux le poète Vittorio Alfieri lui permettent de régner sans partage grâce à des portraits aristocratiques qui, seuls, lui assurent une fortune considérable concurremment à la qualité de La Vision de Saül (1803) et de nombreux paysages pittoresques.

Comment le peintre à succès s’offre l’éternité montpelliéraine
Atteint de la maladie de la goutte et déclinant une peinture à succès, Fabre hérite bientôt de ses protecteurs disparus dont les trésors viennent enrichir sa splendide collection. À défaut de n’avoir été consa­cré en France de son vivant, l’enfant prodig(u)e revient en 1824 à Montpellier afin de bâtir son musée, voulu tel un mausolée laïc dont l’ouverture en 1828 permet d’admirer aussi bien Raphaël et Guerchin que Ribera ou Greuze.
Créateur de la bibliothèque, de l’école des Beaux-Arts, conseiller municipal puis baron, Fabre séduit ou agace, se voit rallié s’il n’est pas raillé comme par Stendhal qui aima à stigmatiser cet homme « honoré comme un dieu du patriotisme de localité ». Aujourd’hui plus que jamais, depuis la préfecture héraultaise, certains gardiens du temple s’amusent à la lecture de cette formule alors hérétique...

Biographie

1766 Naissance de François-Xavier Fabre à Montpellier. 1783 Élève de David, il obtient le grand prix de Rome. 1793 S’installe à Florence. 1802 Oublié du décret Chaptal qui, en 1801, instituait les quinze premiers musées de département, Montpellier se dote d’un modeste musée municipal. 1824 Fabre donne à sa ville natale ses collections héritées de la comtesse d’Albany. 1837 Décède à Montpellier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°598 du 1 janvier 2008, avec le titre suivant : Fabre, ce collectionneur qui fit de l’ombre au peintre

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