Mercredi 14 novembre 2018

Architecture

Explorations architecturales

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 juin 2003 - 593 mots

En cinq années, « Archilab » s’est incontestablement imposé comme le rendez-vous annuel de l’architecture prospective internationale. L’événement figure comme l’une des rares manifestations capable de rendre compte des innovations architecturales du moment, de ses audaces et radicalismes autant que des difficultés et interrogations croissantes rencontrées dans cette discipline en pleine mutation et modestement relayée auprès du grand public. Produit du profil inédit du FRAC Centre, majoritairement tourné vers l’architecture, et d’un projet culturel urbain animé par la ville d’Orléans, « Archilab » présente ainsi chaque année projets, actes, recherches et débats placés sous le signe de l’exploratoire. L’option singulière de ce FRAC est impulsée en 1992 par son directeur Frédéric Migayrou, qui développe très vite une politique d’acquisition inédite au service de l’architecture expérimentale. Le soutien à l’art contemporain, mission première de l’institution, se voit alors doublée d’une approche généreuse de l’architecture, ménageant une large place au projet et à l’anticipation. En plus des expositions monographiques sur la « Bibliothèque de France » de Dominique Perraut (1989), les Autrichiens Elfried Huth et Günther Domenig ou l’Italie radicale, c’est à une collection d’un genre particulier que les Rencontres 2003 rendent hommage. À la croisée des arts plastiques et de l’architecture, le fonds actuel compte cinq cents maquettes et quelques milliers de dessins. Véritable mémoire de la création architecturale internationale, il est cette fois dévoilé dans sa quasi-totalité et dresse un panorama relativement complet (en dépit de quelques inévitables grands absents) des orientations majeures du geste architectural au cours des cinquante dernières années : de l’éclatement du cube moderniste au déconstructivisme (dominant) de Peter Eisenman, Coop Himmelblau ou Daniel Liebeskind, en passant par la bienveillance écologique de François Roche ou l’Architecture Principe de Claude Parent et Paul Virilio.
Si la vocation initiale d’« Archilab » privilégie la prospection, donnant à la collection du FRAC un parfum de creuset bouillonnant à idées, rêves, solutions ou rêves constructifs, on pourra toutefois regretter la très modeste présence des bâtisseurs de l’environnement quotidien, lentement mais sûrement dépossédés par les métiers du bâtiment, et qui peinent à trouver un espace de visibilité. Quant aux très belles pièces de la section consacrée aux projets plus récents et pointant particulièrement la manière japonaise (Shigeru Ban, Shuhei Endo), elles abandonnent (sans regret) les explorations fascinées des logiciels informatiques dont on avait vu proliférer les rejetons dans les années 1990. Mais l’intérêt premier d’une telle présentation réside dans sa bonne volonté historique, dessinant un spectre séduisant de réalisations construites, projections utopiques, œuvres d’artistes, esquisses de doux dingues, maquettes exploratoires, le tout sous-tendu par quelques orientations théoriques marquantes. L’ample parcours témoigne notamment de l’explosion de solutions nouvelles imaginées dans les années 50-60. Aux structures autotendantes et déplaçables assemblées par Emmerich s’agrège le fantasme récurrent de la mobilité architecturale incarné notamment par Yona Friedman et ses Villes spatiales (1958-1959). Peter Cook, membre du groupe anglais Archigram, enfonce le clou, enveloppant d’une imagerie pop sucrée et polémique sa ville nomade (Instant City, 1968) dont les différents éléments itinérants sont transportés par montgolfières. Ces années-là voient finalement éclore un nouvel espace mobile, imaginant une architecture modulaire, combinant des unités diversement adaptables et débouchant sur le principe d’un habitat autonome, évolutif, extensif et souvent soucieux d’une économie de moyens. La visite révèle quelques perles rares, parmi lesquelles d’étonnants dessins du jeune Koolhaas ou encore la maquette spectaculaire de la fameuse Open house (1983-92) de Coop Himmelblau. Reste à se plonger dans le catalogue qui s’annonce comme un volumineux et sérieux ouvrage de référence.

« Archilab 2003 », ORLÉANS (45), tél. 02 38 79 23 77, 11 juin-12 octobre.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°548 du 1 juin 2003, avec le titre suivant : Explorations architecturales

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