XIXème siècle

Exister face à Paris

Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Le Musée des beaux-arts de Lyon se penche sur l’épineuse question de la réalité d’une école lyonnaise de peinture.

LYON - Face à l’hégémonie de la peinture parisienne au XIXe siècle, il est difficile pour un artiste vivant en province de se faire un nom. Pourtant, la vie artistique de la capitale rhodanienne réussit le pari d’intéresser ses contemporains. La notion d’« école lyonnaise » connaît un essor avec la création en 1807 et à l’initiative de Napoléon, de l’école des beaux-arts de Lyon. L’Empereur souhaite en effet promouvoir les arts appliqués et former les dessinateurs de la Fabrique de Lyon (manufacture de soie). Voulant se détacher d’un art industriel, les peintres s’orientent progressivement vers des genres plus nobles : la peinture d’Histoire, de genre, religieuse.… Les questions relatives à une école lyonnaise font cependant débat entre les critiques de l’époque. Tantôt dénigrée tantôt louée, la minutie dont font preuve les artistes lyonnais ne laisse pas indifférent. Est-ce là une caractéristique suffisante pour englober tous les artistes dans la notion d’école ?

« Méticulosité sèche »
Le Musée des beaux-arts de Lyon tente de répondre à la question à travers la réunion de trois cents œuvres. Neuf thèmes sont ici abordés, depuis la peinture d’Histoire et philosophique jusqu’à l’Exposition internationale organisée à Lyon en 1914, en passant par les décors peints de Jean-Baptiste Frénet (1814-1889) ou de Paul Chenavard (1807-1895). Moment phare du parcours, la galerie dédiée à la peinture de fleurs témoigne de la préciosité des peintres, cette « méticulosité sèche » que critiquait Stendhal. La Fleur des champs, de Louis Janmot (1814-1892), exécutée en 1815, illumine le lieu de toute sa splendeur. Véritable chef-d’œuvre, le tableau illustre parfaitement l’évolution du motif de la fleur, désormais intégré au sein de compositions plus douces, ainsi que le talent de son auteur, un maître dans l’art du portrait. La présentation inscrit les œuvres lyonnaises dans un contexte national et surtout européen, permettant la comparaison entre la création locale et celle des peintres nazaréens. Le Bien et le Mal, réalisée en 1832 par Victor Orsel (1795-1850), est ainsi mise en parallèle avec des œuvres de Johann Friedrich Overbeck (1789-1869) et de Peter Von Cornelius (1793-1867).
Le propos, exigeant, de l’exposition tend moins à dépeindre l’existence d’un foyer créateur à Lyon qu’à décrire une époque artistique marquée au fer rouge par le rayonnement de Paris, duquel il était nécessaire de se démarquer. Pierre Vaisse, co-commissaire de l’exposition, précise ainsi en introduction au catalogue que « la continuité [dans la peinture lyonnaise], car il y a continuité, réside depuis le début du XIXe dans le besoin d’affirmer une spécificité locale face à Paris ».

LE TEMPS DE LA PEINTURE. LYON 1800-1914

Jusqu’au 30 juillet, Musée des beaux-arts, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf mardi, 10h-18h. Catalogue, éd. Fage, Lyon, 304 p., 39 euros, ISBN 978-2-84975-101-5

LYON 1800-1914

- Commissaires d’exposition : Pierre Vaisse, Sylvie Ramond, Gérard Bruyère, François Fossier - Nombre d’œuvres : 300

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°259 du 11 mai 2007, avec le titre suivant : Exister face à Paris

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