Vendredi 30 octobre 2020

Photographie

Evans, une autre Amérique

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 10 mai 2017 - 565 mots

À travers plus de 300 photographies d’époque, la rétrospective du Centre Pompidou dresse un portrait de Walker Evans en collectionneur des signes urbains et chroniqueur de la culture populaire américaine.

PARIS - La dernière exposition muséale en France sur Walker Evans (1903-1975), qui l’associait à l’artiste Dan Graham, eut lieu en 1989 à la Vieille Charité à Marseille, sous l’égide du Musée Cantini – le Witte de With, centre d’art contemporain de Rotterdam et le Museum Boijmans van Beuningen à Rotterdam comptaient parmi les instigateurs du projet. C’est dire l’événement que représente cette première rétrospective « Walker Evans » en France au Centre Pompidou. Parmi toutes les expositions organisées aux états-Unis depuis la première, au Museum of Modern Art de New York en 1938, celle-ci se distingue par le nombre de collections américaines jamais rassemblées comme par son approche inédite de l’œuvre. Son commissaire, Clément Chéroux, a souhaité mettre en valeur la passion d’Evans pour le vernaculaire américain, « au cœur de sa démarche intellectuelle et de ses obsessions ». Et l’ancien conservateur de la photographie du Musée national d’art moderne, à la tête aujourd’hui du département photo du San Francisco Museum of Modern Art, de préciser « l’importance de la place du vernaculaire dans la culture américaine ». Une place « bien plus centrale qu’en Europe » par ce que ces formes d’expression populaire racontent et réfléchissent de la société américaine, de sa modernité et de ses revers. Appréhender le style documentaire d’Evans par le vernaculaire (comme sujet puis comme méthode) permet d’autre part au commissaire d’associer des séries éloignées dans le temps ou dans l’espace et de montrer les obsessions d’Evans pour les signes typographiques, les enseignes, l’architecture ou les visages anonymes.

Dès 1929, Walker Evans photographie en effet les signes urbains et collectionne cartes postales, photos de presse, prospectus (étonnante photographie du lavabo de son studio envahi de papiers divers et porte-clefs) et enseignes (quelques-unes sont exposées en regard d’une vue de son salon aux murs tapissés d’un certain nombre d’entre elles). Dans l’entretien qu’il accorde en 1971 à son éditeur Leslie Katz, devenu LE texte de référence du photographe que le Centre Pompidou réédite (49 p., 10,50 €, pour la première fois traduit en français), le photographe établit lui-même « un lien important » entre son désir de collectionner et son propre travail. « C’est presque la même chose […], l’artiste collectionne puis édite le monde qui l’entoure ».

En fin de parcours, le documentaire formidable réalisé par Sedat Pakay six ans avant la disparition du photographe, est tout aussi édifiant. « Je m’intéresse exclusivement à l’homme », « attiré », précise-t-il plus loin, « par les hommes qui travaillent » mais « sans chercher à dénoncer, témoigner ou améliorer la condition humaine », ni « user de la sophistication artistique ». « J’aime affirmer ce qui est », dit-il en rejetant toutes les influences, mise à part celles de Flaubert « pour la méthode », « et de Baudelaire par l’esprit ».

En préambule, le voyage à Paris dans la perspective de devenir écrivain, illustré de quelques autoportraits, d’une lettre en anglais et d’un texte en français d’Evans évoquant ses références littéraires, éclairent sur sa personnalité. Tandis que l’exposition dresse en creux un portrait d’Evans en usant d’une rigueur dépourvue de tout pathos qui n’aurait pas déplu au taciturne et peu commode auteur des légendaires portraits de fermiers de l’Alabama.

Walker Evans
Jusqu’au 14 août, Centre Pompidou, Galerie 2, place Georges-Pompidou, 75004 Paris.

Légende Photo
Walker Evans, Truck and Sign, 1928-1930, épreuve gélatino-argentique, 16,5 x 22,2 cm, collection particulière, San Francisco. © Photo: Fernando Maquieira, Cromotex/Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°479 du 12 mai 2017, avec le titre suivant : Evans, une autre Amérique

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