Mercredi 17 octobre 2018

Etienne-Martin ou la demeure-matrice

L'ŒIL

Le 1 novembre 1999 - 320 mots

Barbe en bataille, robuste, Étienne-Martin incarnait physiquement l’archétype même du sculpteur, dans la lignée de Rodin ou de Maillol.
Au cœur du quartier Mouffetard, il s’était créé un univers bien à lui, tenant plus du grenier que de l’atelier d’artiste, où il entassait toutes sortes d’objets hétéroclites qu’il chinait au gré de sa fantaisie et de ses tocades. Un ours blanc empaillé, un squelette dans une horloge, des défenses d’éléphants, des piles de livres et de souvenirs peuplaient l’antre où il réalisait ses sculptures, s’aidant de treuils à poulies pour suspendre les pièces. Cet atelier-grenier s’inscrivait parfaitement dans la poétique d’un artiste attaché au thème de la maison, de la mémoire. Marqué dans son enfance par une habitation familiale où régnait l’absence du père mobilisé en 1914-1918, Étienne-Martin travaille tout au long de sa vie sur le thème de la demeure, réminiscence de périodes et d’endroits très précis de sa vie. « J’architecture mon intérieur » disait-il. « Mes demeures ne sont pas faites pour habiter. Ce sont des demeures habitées par l’imagination de son auteur et de son spectateur ». En fait, pour lui sculpture et architecture ont partie liée, et lorsqu’il sculpte une tête il la conçoit comme une architecture, c’est-à-dire « un monde poétique, imaginaire, avec tous ses arrières-plans ». En 1962 il crée un étonnant Manteau constitué de passementerie, de cordages, de cuir, de métal qu’il présente comme « l’objet protecteur : la maison, la mère, la couverture enveloppante », ajoutant « une maison, on l’enfile comme un manteau et on en est l’axe ». Le Mur-Verseau et L’Ancre, présentés à la galerie Bernard Bouche aux côtés de différents dessins, réunissent ses matériaux de prédilection : le bois, le plâtre, la pierre, le fil de fer – dont il tire des figures aériennes –, mais aussi le textile, idéal pour les superpositions, ressemblant selon lui aux pelures d’un oignon.

PARIS, galerie Bernard Bouche, jusqu’au 18 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°511 du 1 novembre 1999, avec le titre suivant : Etienne-Martin ou la demeure-matrice

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