Samedi 5 décembre 2020

La Galerie particulière

Ethan Murrow, à la pointe du crayon

Jusqu’au 7 mai 2011

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 14 mars 2011 - 344 mots

Dans une atmosphère propice à la méditation (cimaises gris-beige reposantes pour l’œil, fond musical plaisant), La Galerie particulière présente une série de douze dessins inédits du jeune artiste américain Ethan Murrow, né en 1975 dans le Massachusetts.

Si ce plasticien, dont c’est la première exposition en Europe, n’est pas encore vraiment connu en France, précisons qu’il bénéficie déjà d’une belle reconnaissance outre-Atlantique : on trouve ses œuvres sur papier dans d’importantes collections privées ainsi qu’au Guggenheim de New York.

Arpenteurs de rêves, faux scientifiques, fous volants, les personnages dessinés avec un soin extrême par Murrow sont comme autant de déclinaisons de lui-même, se rêvant tour à tour en pionnier du rêve américain, en chercheur d’or ou en grand explorateur des pôles. Leur trait commun ? Tous bâtissent des châteaux en Espagne. À la recherche de leurs rêves, ils se font des films, et nous aussi. « Je vois mes dessins au crayon comme des parties de film, un peu comme un story-board magnifié, des moments arrêtés d’un temps en mouvement. »

Dans sa nouvelle série en noir et blanc, Momentum House, où l’on croise un explorateur d’opérette parcourant son habitacle comme s’il s’agissait d’un monde à découvrir, ce dessinateur virtuose se plaît à imaginer la maison tel un continuum d’objets inanimés ayant peut-être une âme. Les lignes bougent sans fin. Le doux rêveur portraituré est-il un génie ou un idiot ? Un gagnant ou un loser ?

Brouillant malicieusement les pistes, les dessins photoréalistes de Murrow piègent notre regard. Ils ont la netteté du réel et pourtant ils ne sont que représentations de chimères. Autre paradoxe : ils ont de loin une précision toute chirurgicale alors que, de près, un trait compulsif crée un fouillis de lignes qui contrarie le « naturalisme » de façade. Indépendamment de ses qualités visuelles indéniables, c’est certainement dans ce goût affiché pour les grands écarts que se situe l’intérêt principal d’un travail d’orfèvre combinant poésie, onirisme et hyperréalisme.

Voir

« Momentum House, Ethan Murrow », La Galerie particulière, 16, rue du Perche, Paris IIIe, jusqu’au 7 mai 2011, www.lagalerieparticuliere.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°634 du 1 avril 2011, avec le titre suivant : Ethan Murrow, à la pointe du crayon

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