Musée des Beaux-Arts et Smak, Gand

Et ça continue, Ensor et Ensor…

Jusqu’au 27 février

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 17 décembre 2010 - 337 mots

Qu’est-ce qui pourrait bien relier des univers aussi lointains que ceux de Marlène Dumas, Francis AlÁ¿s et Thomas Schütte ?

À en croire le Smak de Gand, la réponse se logerait dans la peinture incendiaire du très flamboyant et narcissique James Ensor (1860-1949), gloire belge dont la postérité n’est plus à démontrer, lui qui ébranla déjà en son temps la génération des expressionnistes. Au-delà du marronnier qui consiste à co-valider histoire et scène contemporaine, les rapprochements effectués jouent la carte de l’expressivité à outrance, mais se refusent à la seule complicité de forme.

Au menu donc, des résonances thématiques – masques, crânes et processions – des communautés de manière – cette touche agitée et excessive par laquelle Ensor libérait couleurs explosives et figures grotesques – et des communautés d’esprit – radicalité grinçante, pessimisme pamphlétaire, anarchisant et dégoût équivoque de la comédie humaine. On ne s’étonnera guère alors de voir figurer les traits incisifs et grotesques de Raymond Pettibon, les scènes chaotiques d’un Jonathan Meese, les autoportraits pantomimes d’une Cindy Sherman ou même Les désastres de la guerre, des frères Chapman, série d’aquarelles brutales référant à Goya. Qu’il suffise de regarder les gueules grimaçantes et bouffonnes de tableaux d’Ensor, entre colère et mélancolie, pour se convaincre d’une filiation commune.

Plus lointaines et hasardeuses mais engageant finalement les œuvres les plus convaincantes, les résonances politico-sociales relevées autour des notions de communauté qu’Ensor torpillait volontiers dans des scènes de foule ou carnaval : Hirschhorn bien sûr, mais aussi et surtout Francis Alÿs avec sa « Modern procession » réalisée en 2002. Entre flux et cérémonie, ritualisée par l’artiste, une foule festive et orchestrée matérialisait physiquement et symboliquement le déménagement du MoMA. Partant de Manhattan pour terminer dans le Queens, brandissant des reproductions d’icônes de l’histoire de l’art. En lieu et place du Christ entrant à Bruxelles dans le monument que peignit Ensor en 1888, l’artiste Kiki Smith, juchée sur son palanquin.

Voir

« Hareng Saur : Ensor et l’art contemporain »,
musée des Beaux-Arts et Smak, Gand (Belgique), www.smak.be, jusqu’au 27 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°631 du 1 janvier 2011, avec le titre suivant : Et ça continue, Ensor et Ensor…

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