Vendredi 15 novembre 2019

Fondation Cartier, Paris Jusqu’au 25 septembre 2011

Esprit vaudou, es-tu là ?

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 22 juin 2011 - 395 mots

À l’occasion du dixième anniversaire de la mort de l’explorateur Jacques Kerchache (1942-2001), la Fondation Cartier consacre une exposition à la statuaire vaudou africaine. Une centaine d’œuvres, appelées bocio (« cadavre qui a des pouvoirs »), transforment le sanctuaire de verre du boulevard Raspail en un parcours initiatique faisant découvrir aux visiteurs la puissance évocatrice des objets cultuels vaudous africains. Rapidement, on quitte les clichés associés au genre (folklore, magie noire…) pour toucher au cœur du sujet : « Le vaudou est l’écriture de l’âme » (Kerchache). Le rez-de-chaussée, très lumineux, montre huit bocio gardiens sculptés dans des troncs d’arbre et disposés en cercle comme dans un village. Au sous-sol, plongé dans le noir, on découvre des dizaines d’objets vaudous exposés sous des cubes de Plexiglas. C’est superbe, envoûtant et, avouons-le, quelque peu inquiétant. D’autant plus que le parcours s’achève sur la Grande Faucheuse, via le dévoilement d’un superbe Chariot de la mort constitué de crânes de crocodiles. Les fétiches dévoilés ici, faits de chaînes, de cordes, de coquillages, de mèches de cheveux et autres, proviennent d’Afrique de l’Ouest, des pays dits de la Côte des esclaves (Bénin, Togo, ouest du Nigeria). Ils ont pour vocation de tisser des liens entre le monde des vivants et celui, invisible, des esprits. Même si l’on n’est pas un expert en arts premiers, on est tout de suite saisi par la force brutale de ces objets composites. Face à ces corps de bois noués, on sent que s’y jouent les sentiments les plus profonds rattachés à l’humain : l’amour, la jalousie, la méfiance, la peur, la douleur, le désespoir.

Ayant pleinement conscience de la charge explosive de tous ces « cadavres exquis », le designer italien Enzo Mari a créé une scénographie minimale fuyant la surenchère : pas de décorum m’as-tu-vu ou d’effets sonores tonitruants. Encore plus risqué, aucun cartel explicatif n’accompagne les œuvres ! Il s’agit, selon le vœu de Kerchache, d’arriver vierge devant une œuvre afin de se laisser habiter par elle et ça marche. Néanmoins, pour le visiteur qui désire un suivi pédagogique, une plaquette informative est distribuée à l’entrée et, au rez-de-chaussée, une salle de documents (photos, livres, manuscrits, catalogues, films) est à sa disposition pour qu’il puisse s’informer aisément.

« Vaudou. Collection Anne et Jacques Kerchache »

Fondation Cartier, 261, bd Raspail, Paris-14e, tél. 01 42 18 56 50, www.fondation.cartier.com, jusqu’au 25 septembre 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°637 du 1 juillet 2011, avec le titre suivant : Esprit vaudou, es-tu là ?

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