Ernesto Neto

La sensualité de son « Leviathan Thot »

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 7 août 2007

« Than… Thot… Than… Tot, a boum boum ba, a boum poum pa… » À voir Ernesto Neto lever et baisser les bras en un mouvement souple de balance, à l’entendre chanter son Leviathan Thot installé dans le Panthéon, l’œuvre pourrait bien se comprendre comme une affaire de rythme. Comme une forme qui « naît de la danse » aime à dire l’artiste brésilien à propos de son travail. Une histoire de poids, de contrepoids, de suspensions et d’équilibrage vertical des masses. Mais comme souvent chez Neto, les pistes s’ordonnent et s’appareillent, une à une, en un jeu habile d’explications et de registres. Parfaitement huilé.
La grammaire moelleuse et organique de Neto prend donc, pour cette fois, la mesure du Panthéon. Elle colonise les quatre axes du bâtiment et s’arrime à la coupole en un véritable « corps spatial ». La créature anthropomorphique défie la pesanteur, déplie ses membres flexibles, pendouille ici, tangue là. Elle résiste un peu plus loin, traverse l’espace de haut en bas, étirée sous le poids de la matière contenue dans les voiles de lycra.
Prenant en charge et en conflit la magistrale géométrie des lieux, la sculpture d’un blanc pâle et translucide laisse deviner, par endroits, des poches denses, sableuses, lourdes et, comme souvent chez Neto, légèrement odorantes : une pointe de lavande rehaussée de camomille, engage le visiteur à une expérience spatiale toute en plénitude et en sensualité. Voilà pour le dispositif réparti symétriquement dans l’espace : corps, visage, mains et cœur, dans lesquels le visiteur est littéralement invité à pénétrer.
Mais le jeu se corse. C’est bien dans le ventre de la République, dans le « sanctuaire du rationalisme », dans la solennité de l’architecture de Soufflot et des symboles commémoratifs et, finalement, dans ce temple du tourisme que se développe ce défi à la rationalité spatiale. Autrement dit, l’élasticité de la matière, l’apparente fragilité de la structure contre, tout contre, la puissance des lieux.
« Quel meilleur lieu que le Panthéon pour débattre du conflit entre nature et culture ? » explique Neto qui se saisit sans complexe de l’espace et de ses charges symboliques (pendule de Foucault compris) pour oser une réponse entre la démonstration spatiale et le réseau métaphorique. Le corps-paysage ainsi dessiné, suspendu, engage une tranquille stratégie des contraires et des oppositions. Quelque chose comme un cocon rationnel enfantant un organisme, un espace et un temps voluptueux.

« Leviathan Thot », installations dans le Panthéon, place du Panthéon, Paris Ve, www.festival–automne.com, tél. 01 44 32 18 00,jusqu’au 31 décembre 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Ernesto Neto

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