Samedi 7 décembre 2019

Musée Tinguely, Bâle

En voiture les artistes !

Jusqu’au 9 octobre 2011

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 24 août 2011 - 410 mots

« Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace », écrivait en 1909 Marinetti dans son Manifeste du futurisme. Le sort de la voiture en était jeté, lié à celui des avant-gardes. Man Ray en fit d’ailleurs un de ses personnages principaux dans son film Emak Bakia, exaltant lui aussi la vitesse comme le très bourgeois Jacques Henri Lartigue, subjugué par la fulgurance automobile. 

Après sa création en 1886 par l’allemand Benz, la voiture entrait donc en trombe au panthéon des emblèmes de la modernité. Elle n’en est jamais sortie même si, un siècle plus tard, les artistes lui font subir bien des outrages. Même les deux crises énergétiques des années 1970 n’ont pas eu sa peau. Et c’est bien cette histoire que racontent avec délectation les salles du Musée Tinguely, un hommage logique rendu à cet artiste suisse qui était friand de voitures de course. Et l’on ne s’étonnera du « casting » très masculin de l’exposition même si quelques femmes se sont frottées à la tôle, de Zilla Leutenegger à Annika Larsson en passant par Sylvie Fleury, parce que la voiture est affaire de testostérone.

Dès le jardin du musée, c’est le tout-voiture qui frappe de plein fouet, à l’heure où les gouvernements s’engagent dans la décroissance automobile. Un drive-in y est campé, l’écran étant disposé sur la façade du bâtiment devant un parterre de modèles plus ou moins récents. Le dispositif s’active à la nuit tombée pour y visionner des films de voiture bien sûr. À l’intérieur, la sélection est vertigineuse : quatre-vingts artistes et cent soixante œuvres tant historiques qu’ultra-contemporaines. La voiture y est célébrée par Bruno Rousseaud (que l’on retrouve avec plaisir), magnifiée par Betsabée Romero, adorée jusqu’à la perversion par Franck Scurti, sadisée par César, brûlée par Superflex, désossée par Damián Ortega ou à pédales par Michel de Broin ! Pour l’occasion, le musée accueille aussi Yard, mythique environnement créé en 1961 par Allan Kaprow,  consistant en un parcours saturé de pneus. La voiture, du concept car à l’épave, y est exhibée dans tous ses états.

Voir

« Voiture fétiche. Je conduis donc je suis »
Musée Tinguely, Paul Sacher-Anlage 2, Bâle (Suisse), www.tinguely.ch, jusqu’au 9 octobre 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : En voiture les artistes !

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