biennale

Éloge de l’hybride

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2000 - 456 mots

Onze ans après « Les Magiciens de la Terre », Jean-Hubert Martin a donc récidivé. Commissaire invité de la 5e Biennale de Lyon (L’Œil n°518), il a choisi de reprendre en considération, à l’aune de la mondialisation, son propos sur les relations qu’entretiennent des créateurs de cultures très différentes. Intitulée « Partage d’exotismes », l’exposition qu’il a conçue pour l’occasion et que l’on peut voir sous la magnifique halle Tony Garnier se différencie de la précédente par le souci de faire dialoguer les œuvres entre elles pour dégager un sens de leur cohabitation. Mais si elle se distingue aussi par le choix d’un parcours qui a été tracé en relation avec des anthropologues afin d’offrir au visiteur des « entrées » qui dépassent les seuls critères plastiques, force est d’observer que, par-delà la volonté de J.-H. Martin de mettre en évidence les qualités d’échange potentiel que les créateurs convoqués entretiennent, la dichotomie existante entre productions intégrées au circuit occidental et productions périphériques perdure. Aussi les travaux qui procèdent d’une simple démarche artisanale éclatent-ils au grand jour. Ce n’est pas pour autant que « Partage d’exotismes » ne mérite pas le détour. Bien au contraire. L’impressionnante liste d’artistes venus des quatre coins du monde qu’elle rassemble vaut à elle seule le déplacement et s’il n’est question d’exotisme qu’au cas par cas, dans une relation somme toute univoque, plus volontiers individuelle que véritablement partagée, elle a l’intérêt de présenter tout un ensemble d’œuvres les plus diverses qui soient, témoignage de ce que la notion d’hybride n’est pas le fait d’une seule qualité de production artistique. Elle est aujourd’hui plus que jamais le lot commun de tous les créateurs de la planète. Et c’est surtout cela que montre l’exposition lyonnaise, dans un esprit d’ouverture et de curiosité qui est fidèle à celui des « Magiciens ». « Partage d’exotismes » est ainsi l’occasion de mettre en évidence toutes sortes de productions artistiques parmi lesquelles on notera le tipi de chef africain collectionneur du bulgare Nedko Solakov, les compositions aux sujets repris de l’ère victorienne du Britannique d’origine nigériane Yinka Shonibare, le palais impérial tout en verre du Chinois Lua Hao, la cuisine entièrement recouverte de perles de l’Américaine Liza Lou, les monumentales et terribles photos d’actes barbares de Chen Chieh-Jen de Taïwan, le stand de vente de charité missionnaire du Français Jean-Sylvain Bieth, le nautile géant du Belge Patrick Van Caeckenbergh, le temple aux Nations Unies du Chinois Wenda Gu... Autant de productions qui ne manquent pas plus d’humour et de dérision que d’esprit critique et de part ludique, qui interrogent l’ethnocentrisme occidental en lui opposant une mosaïque de visions peu banales et qui soulignent enfin le caractère hybride de l’art aujourd’hui.

LYON, Halle Tony Garnier, jusqu’au 24 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°519 du 1 septembre 2000, avec le titre suivant : Éloge de l’hybride

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