XVIIIe siècle

Effervescence créatrice

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2008

La peinture au temps de Madame de Pompadour est à l’honneur au Musée des beaux-arts de Tours dans une exposition organisée dans le cadre du programme Frame.

TOURS - Si elle n’a probablement pas eu l’influence politique que les libellés de l’époque lui ont prêtée, Madame de Pompadour, favorite du roi Louis XV de 1745 à sa mort en 1765, a souhaité jouer un rôle de premier plan en matière artistique. En témoigne le grand portrait réalisé par François Boucher où la belle Jeanne-Antoinette Lenormant d’Étiolles prend la pose en protectrice des arts et des lettres (Portrait de Madame de Pompadour, vers 1750, Paris, Musée du Louvre). Organisée dans le cadre du programme Frame (French regional and american museums exchange), cette nouvelle exposition du Musée des beaux-arts de Tours propose d’aborder l’art de cette période charnière, entre goût rocaille et néoclassicisme, sous un angle spécifique : celui de la question du goût. « Qu’est-ce donc que le goût ? écrivait alors Diderot dans son Essai sur l’art. Une facilité acquise par des expériences réitérées à saisir le vrai ou le bon, avec la circonstance qui le rend beau, et d’en être promptement et vivement touché. »
Marquée par une ébullition créative et intellectuelle, cette seconde moitié du XVIIIe siècle est aussi caractérisée par l’apparition de la critique d’art, initiée par Lafont de Saint-Yenne en 1747 dans ses Réflexions sur quelques causes de l’état présent de la peinture en France. Les occasions de côtoyer les œuvres d’art, et donc de s’interroger sur leur valeur, se multiplient dans les salons privés et dans les expositions publiques du Salon Carré, au Louvre. L’exposition rend judicieusement hommage à ces plumes en accompagnant chaque œuvre de quelques lignes, parfois très acerbes. Ainsi, en ce qui concerne François Boucher, l’artiste favori de Madame de Pompadour, éreinté par Diderot pour être un peintre qui « captive la foule de ceux qui sont étrangers au vrai goût et à la vérité, aux idées justes et à la sévérité de l’art ». Bien représenté dans les collections du Musée de Tours, Boucher est tout de même à l’honneur, notamment grâce à deux rares œuvres religieuses, d’une facture très différente. Si son premier tableau du genre, La Lumière du monde (1750, Lyon, Musée des beaux-arts), exécuté pour la chapelle du château de Bellevue – la résidence qui abritait la liaison de Madame de Pompadour et du roi –, est d’un émouvant intimisme, le Saint Jean Baptiste (1755, The Minneapolis Institute of Arts) peint pour la chapelle funéraire de la favorite prend au contraire des accents étonnamment baroques. Ces deux toiles sont aussi les seuls grands formats de cette exposition, rappelant ainsi que l’époque n’est pas aux grandes commandes. Le marquis de Marigny (1727-1781), le frère de Madame de Pompadour nommé directeur des bâtiments du roi en 1745, ne pourra lancer que deux grandes initiatives royales : un cycle consacré aux empereurs romains destiné au château de Choisy – qui fut un échec cinglant – et la série des ports de France commandée à Claude-Joseph Vernet, illustrée ici par une remarquable Nuit (1760, Richmond, The Virginia Museum of Arts).
Articulé de manière thématique, et nourri de nombreux prêts de musées américains, le parcours illustre parfaitement la grande diversité des productions de l’époque, des paysages d’esprit rocaille de Jacques de Lajoüe à L’Accordée de village de Greuze (1761, Paris, Musée du Louvre), tableau ayant appartenu à Marigny et salué par la critique pour ses vertus moralisatrices. Qu’ont en commun, en effet, les peintures de Van Loo, Fragonard, Robert, Coypel, Deshays ou Chardin, si ce n’est qu’elles mettent à mal la prééminence de la peinture d’Histoire ? « La peinture française au temps de Madame de Pompadour se trouve déchirée entre deux logiques dont l’opposition est exacerbée depuis la fin du XVIIe siècle, d’une part, les plaisirs de l’illusion, d’autre part, un désir de vérité », explique Philippe Le Leyzour, commissaire de l’exposition. On regrettera toutefois que le propos s’achève sans véritable conclusion, même si le changement de climat est manifeste dans la figure mélancolique de Vien (La douce mélancolie, 1756, Cleveland, The Cleveland Museum of art), qui annonce le néoclassicisme.

LA VOLUPTÉ DU GOÛT. LA PEINTURE FRANÇAISE AU TEMPS DE MADAME DE POMPADOUR, jusqu’au 12 janvier 2009, Musée des beaux-arts, 18, place François Sicard, 37000 Tours, Tél. 02 47 05 68 73, tlj sf mardi 9h-18h. Cat. éd. Somogy, 216 p., 29 euros, ISBN 978-2-7572-0169-5.

LA VOLUPTÉ DU GOÛT

- Commissariat : Philippe Le Leyzour, conservateur en chef, Musée des beaux-arts de Tours ; Penelope Hunter-Stiebel, consulting curator, Portland Art Museum
- Nombre d’œuvres : 55

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°290 du 31 octobre 2008, avec le titre suivant : Effervescence créatrice

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