Du Symbolisme en Belgique

Un « moment » clé de l’histoire

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 26 avril 2010

Une exposition aux Musées royaux des Beaux-Arts balaye la fin du xixe siècle en Belgique. Elle montre la singularité du courant belge dans un mouvement européen, et son enracinement national unitaire.

Les institutions culturelles belges n’en finissent pas de redéfinir leur identité artistique, d’examiner ce vivier intense qui atteste de l’existence et de la singularité de ce pays déchiré par son biculturalisme. Au printemps 2005, le commissaire star Harald Szeemann avait brossé au palais des Beaux-Arts de Bruxelles le portrait hirsute d’une Belgique visionnaire sur un siècle. Cette année-là, un romantisme belge était signalé par une exposition extensive tandis qu’en 2004, le mystérieux Fernand Khnopff avait hanté les mêmes salles.

Ce printemps, c’est un courant trouble et troublant qui est célébré, celui du symbolisme belge. Pas question ici de distinguer les Flamands des Wallons, le commissaire Michel Draguet qui a consacré des décennies au sujet depuis son doctorat sur Khnopff s’applique à ausculter le phénomène en faisant fi des circonstances politiques.

Si une loi flamande empêche désormais un Wallon de s’acheter une maison en dehors de sa province, le visage de la Belgique symboliste est, lui, bien uni. Quelque deux cents œuvres composent ici un panorama complet qui n’omet rien des complexités du symbolisme. D’entrée de jeu, Michel Draguet insiste sur l’idée fondamentale qu’il s’agit moins d’un mouvement que d’un moment ; il ressurgira avec le surréalisme dont on sait l’originalité en Belgique avec René Magritte et Paul Delvaux, entre autres.

En quête d’une identité
À partir de son ouvrage phare rédigé en 2005, le commissaire montre combien le symbolisme belge est lié aux maîtres français et britanniques, mais qu’il a aussi développé une singularité franche, assumant une veine plus politisée et engagée dans le réel. Le foyer, essentiellement bruxellois, se révéla également en parfaite osmose avec les Viennois sécessionnistes où Khnopff triompha en 1898 lors de la première exposition du groupe.

Comme ailleurs, les artistes ont avancé avec les écrivains, les uns illustrant les opus des autres. Baudelaire est la grande influence dans une histoire que Draguet amorce avec Antoine Wiertz comme passeur de témoin. Sa Belle Rosine de 1847 met à nu une vanité morbide et sensuelle sous forme d’un face-à-face entre une jeune femme dénudée et un squelette, sous-titré avec cynisme Les Deux Jeunes Femmes. Un tableau quasi programmatique qui trace la voie de cette fascination du morbide dont le destin est lié à un érotisme débridé, le tout ponctué d’anticléricalisme notoire.

Félicien Rops et James Ensor incarnent à merveille cette exubérance affranchie de l’art belge. Mais l’exposition libère aussi d’autres « mauvais » esprits délirants de Spilliaert à Delville, de Minne à Montald.

Le parcours n’a pas tenu à adopter un fil purement chronologique, préférant une organisation thématique : le portrait, le paysage, entre rêve et réalité, le doute, l’instant fugace, la religion, la poésie et les arts visuels, enfin l’œuvre d’art total. C’est avec ce cadre classique que le commissaire entend débarrasser le symbolisme de son étiquette mélancolique et montrer combien les artistes étaient soucieux de donner une identité propre à ce royaume de Belgique si jeune alors. Il fête cette année ses cent quatre-vingts printemps avec un bel hommage à sa belgitude artistique.

Repères

De 1884 à 1893 Les symbolistes se réunissent au Salon des XX, à Bruxelles.

1886 Félicien Rops illustre Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly.

1887 Émile Verhaeren écrit à propos de Khnopff : « À la fin il en arriva au symbole, l’union suprême entre la perception et le sentiment. »

1890 Émile Verhaeren lance le mot d’ordre du symbolisme : « Se torturer savamment ».

1898 Khnopff illustre les écrits de Maeterlinck.

1899 Premières toiles de Spilliaert, influencées par Munch, Lautréamont et Nietzsche.

1900 Le peintre Jean Delville crée un Salon d’art idéaliste.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°624 du 1 mai 2010, avec le titre suivant : Du Symbolisme en Belgique

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