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Druides, réunion au sommet

L'ŒIL

Le 1 septembre 2000 - 425 mots

Les druides étaient-ils de petits vieillards barbus, grimpant aux chênes empêtrés dans leur longue robe blanche ? Coupaient-ils le gui armés de leur serpe d’or ? Sacrifiaient-ils des victimes humaines sur les autels mégalithiques ? Alors que Christophe Lambert se grime en Vercingétorix et Max Van Sydow en Grand druide dans la prochaine superproduction de Jacques Dorfmann (sortie janvier 2001), les chercheurs du Mont-Beuvray s’emparent du sujet, bien décidés à passer au crible de la réalité archéologique tous les clichés attachés à ce personnage mythique. Le visiteur est accueilli par le plus célèbre d’entre eux, Panoramix, concoctant quelque potion magique au fin fond de la forêt des Carnutes. Le long d’une vaste fresque murale se déploient tous les avatars de l’épopée druidique, de Merlin l’Enchanteur à la romantique Velléda de Chateaubriand, jusqu’aux druides new age. Un second espace décortique cette image stéréotypée, constituée au fil des siècles à partir de brèves mentions de César, Pline ou Strabon. Des alvéoles thématiques convoquent textes antiques et faits archéologiques en déclinant toutes les facettes de ce personnage protéiforme, à la fois philosophe, maître des lois, adepte de médecine, de numérologie et d’astronomie – comme l’évoque si bien le calendrier gaulois de Coligny. Si certains de ces traits sont nuancés ou infirmés, d’autres trouvent une pleine reconnaissance. Où l’on découvre que leur réputation de sacrificateur ne relève guère des affabulations de César. Sur le sanctuaire d’Acy-Romance (08), une vingtaine de corps ont été roulés en boule dans des caisses, puis descendus dans un puits jusqu’à libération de leurs « humeurs ». Vincent Guichard a su concevoir ici une petite exposition originale, comme on aimerait en voir plus dans le domaine de l’archéologie. Les objets, convoqués à titre de témoins, participent d’une véritable démonstration sur un sujet trop longtemps abandonné aux seuls amateurs de folklore. L’exposition
a aussi le mérite d’intégrer des découvertes récentes, telle la tuile inscrite de Châteaubleau (77), mise au jour en 1997, constituant l’un des plus longs documents en gaulois jamais découverts. Autre point fort, la scénographie-spectacle conçue par Anne Haskli, qui sied bien à l’évocation de ce personnage mystérieux. Le visiteur est plongé dans une pénombre d’un bleu ésotérique, alors qu’un fonds sonore diffuse une voix aux accents gaëliques, lointaine parente de la langue gauloise. Elle évoque l’importance de l’oralité dans la culture de nos ancêtres, où tout ce qui a trait au sacré et aux connaissances n’était jamais couché par écrit mais transmis, comme le dit Panoramix, de « bouche de druide à oreille de druide ».

GLUX-EN-GLENNE, Musée de Bibracte, jusqu’au 5 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°519 du 1 septembre 2000, avec le titre suivant : Druides, réunion au sommet

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