Vendredi 16 novembre 2018

Domicilié en ville

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 juin 2005 - 504 mots

Où se place l’artiste dans la ville ? Une quarantaine d’interventions d’artistes tentent d’y répondre au musée d’Art moderne de Saint-Étienne. Et pendant ce temps, la ville accueille une Biennale sur... la ville.

Qu’en est-il aujourd’hui du territoire de l’artiste, en ces temps de globalisation et d’éclatement géopolitique ? Habite-t-il l’espace de la ville ou est-il définitivement retranché dans son seul milieu, détaché des contingences qui affectent quotidiennement le commun des mortels ? Non, bien sûr, on sait que certains artistes contemporains sont très « en phase » avec leur environnement et les questionnements qui le traversent. Cependant, ils ne savent pas forcément où se trouve leur place, pas plus que celle de leur public. C’est cette difficulté à se situer dans un monde mouvant, plutôt urbain, parfois déshumanisant, que s’emploie à sonder la nouvelle exposition du musée d’Art moderne de Saint-Étienne, sans prétendre pour autant en établir la géographie exhaustive. Ici, nul abri un brin régressif et agressif comme Van Lieshout, spécialiste de solutions de replis et des sociétés alternatives, en conçoit depuis dix ans, ni solutions architecturales utopiques tellement en vogue à la fin de la dernière décennie. Les artistes que Lorand Hegy (directeur du musée) et l’équipe de huit commissaires internationaux ont réunis, s’emploient à créer des espaces de dialogue, de projection poétique et sensible entre la sphère privée du visiteur et le monde public qui l’entoure. Une quarantaine d’interventions concrètes et « parlantes » (pour la moitié produites spécialement) attestent de la connexion des artistes au réel, de leur volonté de répondre aux angoisses des hommes. Ces microcommunautés de désirs ou de peurs, ces espaces pour projections intimes, « zones d’hypersensibilisation », composent l’univers sensible de « Domicile » à partir de fragments de maisons (Pedro Cabrita Reis), d’une chambre gonflable et itinérante (Katerina Vincourova), d’observations anthropologiques et écologiques (Marjetica Potrc) ou de sculptures postminimales (Richard Nonas).

Une nouvelle biennale
Les territoires déployés au musée offrent une interface stimulante à la première édition d’une toute nouvelle biennale, Les Transurbaines de Saint-Étienne. Pendant une dizaine de jours, la ville habituellement rythmée tous les deux ans par la Biennale du design, va interroger son tissu urbain, écouter ses habitants, rassembler leurs aspirations, stimuler leur inventivité grâce à la présence d’artistes de renom. Felice Varini installera ses combinaisons géométriques et picturales à la surface même des bâtiments afin de créer une figure visible dans sa globalité à partir d’un seul point de vue. Les photographes Gilles Favier, Antoine d’Agata, Anders Petersen (photographe de l’année 2003 à Arles) et Valérie Jouve s’empareront des différents visages architecturaux et humains qui composent cette cité en quête d’une nouvelle image. Bien d’autres événements ponctueront cette synergie urbaine, du cinéma au spectacle vivant, de l’art contemporain à la musique, pour que Saint-Étienne fasse résonner ses envies au-delà de ses murs. Le rendez-vous est pris.

« Domicile : Privé/Public », SAINT-ÉTIENNE (42), musée d’Art moderne, La Terrasse, tél. 04 77 79 52 52, jusqu’au 29 août ; Biennale de la ville, Les transurbaines, www.saint-etienne.fr, 8-21 juin ; « Journée monochrome de Joël Hubaut » à travers la ville, samedi 11 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : Domicilié en ville

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