Dimanche 24 janvier 2021

Dix à”ˆVence

Rétrospective à la fondation Maeght

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 8 juillet 1998 - 550 mots

En 1928, Otto Dix réalise un grand triptyque mettant en scène les nuits chaudes des années folles : Metropolis. Le titre de cette œuvre sert cet été de sous-titre à l’exposition rétrospective que lui consacre la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence.

SAINT-PAUL-DE-VENCE. À travers plus de cent cinquante œuvres – peintures, gouaches, dessins – et soixante-dix gravures provenant d’un grand nombre de collections publiques et privées, notamment de la Galerie de la Ville de Stuttgart, la Fondation Maeght propose une lecture du travail d’Otto Dix des années dix aux années soixante. Né en 1891, étudiant à l’École des arts décoratifs de Dresde de 1910 à 1914, l’artiste s’est surtout formé dans les musées allemands au contact des Primitifs germaniques. Son art très graphique, marié à une palette acide, en est resté largement marqué. Le peintre s’engage en 1914 comme volontaire dans l’artillerie à Dresde, avant de suivre une formation de mitrailleur. Il devient chef de campagne, puis suit un cours pour devenir pilote. Durant le conflit, il réalise un grand nombre de gravures : scènes de guerre, villages détruits, tranchées ou explosions de grenades. Les cinquante et une gravures de la série La Guerre, éditée en 1924, sont d’ailleurs présentées dans leur ensemble par la Fondation Maeght. Actif dans l’entre-deux-guerres, à l’époque de la République de Weimar, son œil féroce a saisi tous les dysfonctionnements d’une société allemande traumatisée par la défaite et qui s’est sentie humiliée par le traité de Versailles. À côté des cabarets et autres maisons de passe, des prostituées aux corps flasques et aux regards tristes, Otto Dix capte la rue et son agitation, n’hésitant pas à montrer toute la misère humaine. Rue de Prague (1920), dans une composition audacieuse, présente ainsi des mutilés de guerre fièrement coiffés de chapeaux, mais se déplaçant dans des petits chariots de bois. “L’apparence des choses est importante pour moi, déclarait Otto Dix, car en reproduisant la forme extérieure, on saisit aussi l’intérieur… La première impression est la bonne et doit être conservée dans toute sa fraîcheur. Je ne veux voir que l’extérieur, l’intérieur en découle ensuite de soi-même”.

Un naturalisme fanatique
En 1933, il réalise un dessin, Les sept péchés capitaux, dans lequel on distingue clairement un petit Hitler, maladif enfant se grattant et louchant. La même année, l’artiste qui était professeur à l’Académie de Dresde depuis 1927, est destitué de son poste par les nazis, avant que quelques-unes de ses œuvres ne soient incluses dans l’exposition de l’“Art dégénéré”. L’ironie du sort veut que lors de la Seconde Guerre mondiale, il ait été fait prisonnier à Colmar, à proximité de l’un des chefs-d’œuvre de l’art germanique, le Retable d’Issenheim de Grünewald. Ses dernières œuvres, qui datent des années soixante, notamment la Grande Crucifixion (1962), conservée à la Fondation Otto Dix de Vaduz, ne sont pas sans annoncer la peinture d’une jeune génération emmenée, entre autres, par un Georg Baselitz. “Ce dont nous avons besoin dans l’avenir, c’est d’un naturalisme fanatique et exalté, une vérité fervente, virile et infaillible, comme celle de Grünewald, Bosch et Bruegel…, s’écriait encore Dix. C’est notre tâche de créer de grandes figures de notre temps.” Il semble que la leçon ait été retenue outre-Rhin.

OTTO DIX, METROPOLIS, jusqu’au 18 octobre, Fondation Maeght, 06570 Saint-Paul-de-Vence, tél. 04 93 32 81 63, tlj 10h-19h. Catalogue, 250 p.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°64 du 8 juillet 1998, avec le titre suivant : Dix à”ˆVence

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