Dieux mangaréviens

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 23 mars 2009

Étrange destin que celui de la petite île de Mangareva, perdue au cœur de l’archipel des Gambier [lire L’œil n° 609].

Berceau du catholicisme en Polynésie, elle n’a conservé de son passé païen que de timides vestiges dispersés aux quatre coins du monde. C’est l’histoire de ce tragique naufrage que raconte l’émouvante exposition du Quai Branly en rassemblant, pour la première fois, près de huit sculptures ayant échappé à l’autodafé spectaculaire orchestré par les missionnaires européens installés sur l’île dès 1834.
Envoyées au roi de France et au pape comme témoignages vibrants de la conversion des Mangaréviens, ces « dépouilles du démon » portent toutes sur le ventre ou le dos un numéro qui a permis de les identifier grâce à la liste établie par le père Caret. C’est ainsi le dieu Tu, fièrement campé sur ses quatre jambes, que l’on invoquait principalement pour la récolte de l’arbre à pain, le dieu Rongo qui provoquait la pluie et faisait pousser le safran, ou bien encore le mystérieux Rao baptisé par les missionnaires « dieu de la passion honteuse ». Ne lui consacrait-on pas une plante jaune nommée « ranga », dont se paraient les jeunes gens les soirs de débauche ?
Mais au-delà des rituels, c’est bel et bien l’affirmation d’un canon esthétique mangarévien qui se devine dans cette cohorte de juvéniles statues aux yeux en demi-lune : « kouroï des antipodes » dont l’anatomie hésite avec grâce entre naturalisme et abstraction…

A voir

« Mangareva, panthéon de Polynésie », musée du Quai Branly, 37, quai Branly, Paris VIIe, www.quaibranly.fr, jusqu’au 10 mai 2009. L’exposition sera présentée au musée de Tahiti et des îles, du 24 juin au 24 septembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°612 du 1 avril 2009, avec le titre suivant : Dieux mangaréviens

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