Dimanche 21 octobre 2018

Des tapisseries de haute tradition

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 décembre 2005 - 394 mots

Si l’on en a vu fleurir ça et là dans les expositions d’art contemporain, peut-on pour autant annoncer le grand retour de la tapisserie ? Encore un peu tôt pour s’en convaincre même si le ministère de la Culture s’investit particulièrement pour le renouveau de ce médium. Fin janvier 2004 rouvraient les ateliers de la manufacture des Gobelins, magnifiques galeries lumineuses où se déployaient sur des métiers à tisser verticaux, l’envers de créations contemporaines signées par Shirley Jaffe, Jana Sterbak ou Bram Van Velde. Une campagne de commande de cartons qui se révèle très active et parfois échevelée.
La manufacture de Beauvais, dédiée à la basse-lisse (sur des métiers verticaux), s’est vue ainsi confier la confection de nombreux cartons. Si la plupart ont été réalisés par des peintres, on compte pourtant parmi eux le photographe Patrick Tosani, un médium dont on aurait a priori exclu une existence textile. Alors que le geste photographique se veut techniquement rapide, l’exercice de la tapisserie fait lui appel à des trésors de patience. Cinq ans en moyenne pour voir l’ouvrage « tomber » du métier. Et pour tisser cette photographie, il a fallu se concerter avec les lissiers, perfectionner des points, en inventer, abandonner des pistes, bref, s’adapter. Une tapisserie est toujours d’après l’œuvre d’un artiste et surtout le fruit d’une collaboration intensive entre les arts, d’une grande souplesse d’esprit.
« Trames contemporaines », l’exposition met en avant cette extraordinaire émulsion due à la rencontre de ces artistes et ces artisans de haute volée que sont les lissiers de Beauvais.
Autour des tapisseries très chromatiques réalisées « d’après » Pierre Alechinsky, Carole Benzaken (prix Duchamp 2004), François Boisrond, Pierre Buraglio, Philippe Cognée et d’autres, se déploient leurs dessins, peintures et vidéos, histoire de mettre en perspective la démarche de chacun.
Une exposition didactique afin de montrer combien l’œuvre tissée est une interprétation, une innovation technique tout en restant cohérente dans le parcours de l’artiste. Comme pour Raymond Hains (récemment disparu) dont les recherches plastiques l’ont conduit à mixer des fenêtres d’ordinateurs dans des collages d’images. Un échange de procédés informatiques qui trouve un écho dans la modernité à réinventer à chaque nouvelle tapisserie. Un regain de jeunesse pour cet art ancestral qu’on pensait peut-être uniquement dédié à la restauration.

« Trames contemporaines, dessins, peintures, tapisseries, vidéos », Galerie nationale de la tapisserie, 22 rue Saint-Pierre, Beauvais (60), tél. 03 44 15 39 10, jusqu’au 28 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°575 du 1 décembre 2005, avec le titre suivant : Des tapisseries de haute tradition

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