Des châteaux en Espagne

La période ibérique de Luca Giordano exposée à Madrid

Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2008

Luca Giordano (1634-1705) a laissé un important ensemble de fresques et de tableaux après son séjour en Espagne. Pourtant, le peintre n’avait jamais bénéficié
d’une grande exposition monographique dans ce pays. C’est aujourd’hui chose faite avec celle que propose à Madrid le Palacio Real.

MADRID (de notre correspondante) - Pendant la deuxième moitié du XVIIe siècle, la cour madrilène a constitué un véritable bouillon de culture propice à attirer un grand nombre de peintres. Certains venaient de l’étranger, apportant avec eux de nouvelles iconographies ou des techniques tombées en désuétude en Espagne, telle la fresque. Parmi ceux-ci figurent les fresquistes bolonais Mitelli et Colonna, mais celui qui a eu le plus d’influence est sans aucun doute le Napolitain Luca Giordano ou Lucas Jordan, son nom en Espagne. Arrivé à la cour de Charles II en 1692, Giordano est devenu un personnage de premier ordre dans le panorama artistique madrilène, éveillant jalousies et envies chez les autres peintres. Il a ainsi consacré une partie de son temps aux fresques des voûtes de l’église de l’Escurial, et à celles des églises madrilènes comme San Antonio de los Portugueses. Sa réputation à Madrid l’avait précédé grâce à certaines de ses toiles envoyées depuis Naples par le vice-roi Francisco de Benavides (1687-1695) qui possédait une collection d’œuvres de Giordano.

La manifestation du Palacio Real de Madrid repose en partie sur l’important fonds de ce peintre fécond que possède l’État espagnol, un ensemble d’environ 140 tableaux qui mettent en évidence le goût que Charles II portait à son œuvre. L’exposition, qui suit un ordre chronologique, réunit quatre-vingts de ces tableaux. Elle révèle tant son évolution que sa capacité créative lorsqu’il s’agit de réaliser de grandes scènes monumentales et de foules. La première salle abrite des œuvres de ses débuts et montre son attachement à Jusepe de Ribera, au point de reproduire avec beaucoup de fidélité des compositions de l’Espagnol, comme dans La Bénédiction de Jacob. Les œuvres de cette époque sont ténébreuses et les personnages bibliques y abondent, tout comme les philosophes aux barbes blanches et les martyrs. Après son arrivée à Madrid, Giordano peint des créations qui contrastent énormément avec sa production antérieure. Dans les peintures destinées à décorer des palais comme celui d’Aranjuez, il introduit des allégories et des scènes mythologiques. Sa capacité d’assimilation du style des autres peintres est évidente dans beaucoup de ses œuvres, à l’exemple du Baptême du Christ à la manière de Raphaël ou la luminosité et les couleurs de ses tableaux peints entre 1660 et 1670, phénomènes attribués à l’influence de Rubens dont il existait une vaste collection de peintures appartenant à la couronne espagnole. L’accrochage se conclut par des œuvres de la dernière période durant laquelle apparaît une technique plus liquide et transparente. À la fin de ses jours, Giordano retourne à Naples, laissant une trace importante derrière lui. Cette exposition, dont Alfonso Pérez Sanchez est le commissaire, est la première monographie consacrée à Luca Giordano en Espagne.

- LUCA GIORDANO ET L’ESPAGNE, jusqu’au 2 juin, Palacio Real, Calle Bailen, Madrid, tél. 34 91 454 88 00, tlj 9h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°148 du 3 mai 2002, avec le titre suivant : Des châteaux en Espagne

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