Lundi 16 décembre 2019

Des artistes bien exposés

Les musées du Nord ont su les reconnaître

Le Journal des Arts

Le 13 février 1998 - 918 mots

L’histoire de l’art français abonde en exemples de génies boudés par les institutions, qui n’ont finalement rejoint les cimaises nationales que grâce à la générosité d’amateurs éclairés, ou au prix fort. Tel n’est pas le cas des musées des Pays nordiques. Ils ont su reconnaître le talent d’un Munch, d’un Gallen-Kallela ou d’un Per Kirkeby, avant que les cotes ne flambent. Résultat : les artistes que le public parisien découvrira dans la partie historique de « Visions du Nord » sont généralement bien représentés dans les musées scandinaves… et singulièrement absents en France. Par chance, plusieurs sites Internet anglophones offrent, à domicile, un aperçu des collections publiques nordiques.

Figure dominante de l’art scandinave au tournant du siècle, Edvard Munch est présent dans presque tous les grands musées nordiques – au Moderna Museet de Stockholm et au Konstmuseet de Göteborg en Suède, à l’Ateneum en Finlande, au Statens Museum for Kunst de Copenhague. On le retrouve également en Suisse, aux États-Unis et en Allemagne, où il atteint dès 29 ans une renommée européenne grâce à son exposition berlinoise de 1892.

Pourtant, avant même cette date, la Nasjonalgalleriet d’Oslo avait acquis une œuvre peinte durant son second séjour en France : Nuit à Nice. Le musée achète ensuite régulièrement à l’artiste des tableaux et aquarelles. En 1909, son directeur, Jens Thiis obtient même un crédit spécial pour pouvoir profiter de la rétrospective-vente organisée par Blomqvist. Cette politique se révèle d’autant plus fructueuse qu’elle attire des dons importants, comme ceux d’Olaf Scho, de 1909 à 1915, et de Charlotte et Christian Mustad, en 1937 et 1959. Aujourd’hui, la Nasjonalgalleriet possède l’une des plus riches collections d’œuvres de Munch, avec 13 peintures de jeunesse, 26 tableaux des années 1890 – tels les magnifiques Autoportrait à la cigarette, Le Cri de 1893, Le baiser, Mélancolie ou encore La danse de la vie – et une vingtaine de toiles exécutées entre 1900 et 1920.

La production des dernières décennies du maître se trouve au Munch-Museet, construit en 1963 pour accueillir le legs de l’artiste à la Ville d’Oslo. Au total, près de 1 200 peintures, 4 500 dessins, 18 000 gravures et 6 sculptures de la maturité sont rassemblés dans ce musée qui compte plusieurs chefs-d’œuvre, comme La voix (1893), Nu près du fauteuil d’osier (1919-1921) et Nuit étoilée (1923-1924). Enfin, à Bergen, les collections Stenersen et Rasmus Meyer exposent au public une quarantaine de peintures, une centaine de gravures et une trentaine de travaux sur papier du Norvégien.

Une gloire nationale
Si l’envergure de Munch assure à son œuvre une diffusion internationale, Axel Gallen-Kallela (1865-1931) est surtout présent dans sa patrie. Le Finlandais incarne très vite les aspirations à l’indépendance de son pays, dont il devient, au début du siècle, le peintre national. Dès 1891, l’État s’intéresse à lui et commande une seconde version du triptyque mythologique Aino. En 1900, Gallen-Kallela prend en charge la décoration du pavillon finlandais à l’Exposition universelle, en s’inspirant de l’épopée nationale du Kalevela. Ces fresques ont disparu. On peut s’en faire une idée d’après les études préparatoires conservées à l’Ateneum d’Helsinki. Ce musée possède une soixantaine d’œuvres du peintre, qu’il a commencé à collectionner dès 1893. On y trouve des toiles réalistes comme Le garçon au corbeau de 1884, plus stylisées comme Aino, ou proche de l’Art nouveau comme le Fratricide (1897). D’autres travaux sont exposés au Taidemuseo d’Helsinki. L’essentiel de son œuvre se trouve cependant à Tarvaspää, l’ancien atelier dessiné par l’artiste, devenu depuis le Gallen-Kallelan Museo. Paysages, scènes mythologiques et études d’arts appliqués y côtoient divers témoignages de sa vie.

Sa compatriote Helen Schjerfbeck a également connu le succès de son vivant, malgré l’isolement que lui imposait sa santé fragile. Ses portraits d’enfants, quelques paysages et ses puissants autoportraits sont répartis en Finlande entre l’Ateneum, le Taidemuseo d’Helsinki et l’Aineen Taidemuseo de Tornio. Le Turun Taidemuseo, à Turku, lui consacre jusqu’au 29 mars une rétrospective.

Les Suédois Carl Fredrik Hill et August Strindberg ont été les enfants terribles mais chéris de leur pays. Avant de sombrer dans une supposée schizophrénie, Hill était considéré comme le meilleur paysagiste de Suède, explique Göran Christenson, directeur du Konstmuseet de Malmö, qui possède quelque 2 600 dessins et 30 peintures de l’artiste. Aujourd’hui, les amateurs sont surtout touchés par ses dernières œuvres graphiques, hallucinées et vigoureuses. En dehors de Malmö, on peut les admirer au Nationalmuseum de Stockholm.

Strindberg, connu pour ses textes dramatiques et ses critiques d’art, a eu plus de peine à faire reconnaître ses talents de peintre et photographe. Un musée éponyme lui est entièrement consacré à Stockholm. Ses œuvres plastiques sont dispersées en Suède entre le Nationalmuseum, les musées de Malmö et Göteborg, le Nordiska Museet, et, au Danemark, le Statens Museum for Kunst.

Danemark :
Statens Museum for Kunst, Copenhague, fermé jusqu’en octobre, tél. 45 33 91 21 26, (www.kulturnet.dk:80/homes/smk/general)

Finlande :
Aineen Taidemuseo, Tornio, tél. 358 16 432 438
Ateneum, Helsinki, tél. 358 9 173 361, (www.fng.fi/fng/html2/en/organiza/)
Taidemuseo, Helsinki, tél. 358 9 169 3169
Gallen-Kallelan Museo, Espoo, tél. 358 9 513 388, (www.gallen-kallela.fi/museum)
Turun Taidemuseo, Turku, tél. 358 2 274 7570, (www.weppi.fi/tutam/tm/enindex)

Norvège :
Collection Rasmus Meyer, Bergen, tél. 47 55 56 80 00
Munch-Museet, Oslo, tél. 47 22 67 37 74
Nasjonalgalleriet, Oslo, tél. 47 22 20 04 04

Suède :
Konstmuseet, Göteborg, tél. 46 31 61 10 00
Konstmuseet, Malmö, tél. 46 40 34 10 00
Nationalmuseum, Stockholm, tél. 46 8 666 42 50
Nordiska Museet, Stockholm, tél. 46 8 666 46 00
Strindbergsmuseet, Stockholm, tél. 46 8 411 53 54

Stockholm modernise son musée
La capitale suédoise inaugure, le 14 février, les nouveaux bâtiments de son Musée d’art moderne. Érigé sur l’île de Skeppsholmen au centre de Stockholm, l’édifice dessiné par l’architecte espagnol Rafael Moneo compte 19 500 m2 de surface d’exposition, dont 1 000 m2 consacrés aux présentations temporaires. Après cette extension, les collections d’envergure internationale du Moderna Museet disposent enfin de l’espace nécessaire pour offrir un large panorama du XXe siècle. Aux côtés de Picasso, Matisse ou Mondrian figurent également des artistes nordiques importants, tels qu’Edvard Munch, Helene Schjerfbeck et Per Kirkeby.
Moderna Museet, Stockholm, Suède, tél. 46 8 666 42 50

L’art nordique en France
L’art nordique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle est absent des collections publiques françaises, et ce malgré la venue à Paris de Strindberg, Munch, Carl Fredrik Hill, Helene Schjerfberg et Gallen-Kallela. Tout au plus trouve-t-on, au Musée Rodin, une œuvre de Munch : Le penseur de Rodin dans le parc du docteur Linde à Lübeck. Exécutée en 1907, elle fut acquise par le sculpteur français. Le Musée d’Orsay possède également un Strindberg et un Munch. Restent, pour se familiariser avec les artistes scandinaves, les centres culturels des pays concernés. Certains proposent des programmes d’expositions intéressants. Le Centre culturel suédois consacre jusqu’au 29 mars une rétrospective à Sigrid Hjertén. Récemment redécouverte, l’élève préférée de Matisse est évoquée à travers plus de quarante toiles, lumineuses et éclatantes. Dans le même temps, sous le titre “Retour du passé, fin des utopies�?, la Maison du Danemark explore la photographie d’art expérimentale dans le cadre de la première triennale “Ars Baltica�?.
En juin, une exposition d’estampes d’Asger Jorn succédera à cette présentation. L’Institut finlandais offre également une programmation artistique variée, surtout tournée vers la création contemporaine. Enfin, ces centres culturels accueillent régulièrement des conférences du Comité des historiens de l’art nordique (Chan), qui publie en outre une revue annuelle.
Centre culturel suédois, 11 rue Payenne, 75003 Paris, tél. 01 44 78 80 20
Maison du Danemark, 142 avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris, tél. 01 44 31 21 21
Institut finlandais, 60 rue des Écoles, 75005 Paris, tél. 01 40 51 89 09
Comité des historiens de l’art nordique , 13 rue Le Regrattier, 75004 Paris

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°54 du 13 février 1998, avec le titre suivant : Des artistes bien exposés

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