Denis Castellas, l’art du peu

L'ŒIL

Le 1 avril 1999

Perdues au beau milieu d’une grande feuille de papier de couleur bistre, les quelques bribes de figures que Denis Castellas y a maladroitement tracées offrent au regard une curieuse résistance. Quoique furtivement perçues, elles semblent en effet s’être définitivement imprimées au fin fond de notre mémoire. Peut-être même à cause de cela. Il faut dire que Castellas n’a pas son pareil dans l’art du peu, voire du presque rien ; voilà plus de quinze ans qu’il le cultive avec un entêtement qui n’a pas d’égal. Alors que d’autres s’épuisent en images surchargées, menant une course folle contre la montre pour emplir leur champ d’action, Denis Castellas va son train de sénateur avec une sorte de certitude qui frise l’impertinence, opérant de préférence par évacuation, voire par absence. Ses objets, ses dessins, sa peinture sont ainsi toujours à la limite de l’effondrement ou de la disparition : ce ne sont que morceaux, fragments, ébauches ou esquisses, comme s’il n’était finalement jamais utile de pousser plus avant. Le plus surprenant, c’est que ces morceaux, ces fragments, ces ébauches, ces esquisses suffisent à l’artiste pour tout dire, pour tout délivrer. À l’instar des haïkus japonais, les travaux de Castellas sont doués d’une puissante capacité de condensation ; ils ne s’embarrassent jamais du superflu. L’art de Castellas est requis par le rudimentaire ; il instruit les bases d’un langage qui ne se prive d’aucune espèce de recherche plastique et qui vise à l’institution d’une poétique de l’économe.

ANTIBES, Musée Picasso, jusqu’au 6 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°505 du 1 avril 1999, avec le titre suivant : Denis Castellas, l’art du peu

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