Delort dans les mains

L'ŒIL

Le 30 mai 2016

Fantastique - Dans l’offre pléthorique des illustrateurs contemporains, généralement, la couleur domine. Et puis soudain, de l’obscurité, émerge Nicolas Delort.

Diplômé  en 2007 de l’école Émile Cohl, ce jeune artiste franco-canadien a été marqué au fer par deux éléments déterminants : la découverte du travail de l’illustrateur américain Franklin Booth (dont il est sans conteste le digne héritier, et qui influença Norman Rockwell et Dean Cornwell), puis, les vastes paysages canadiens, inlassablement foulés dans sa jeunesse lorsqu’il habitait Batawa. Ce contraste entre l’urbanité exponentielle et les forces titanesques de la nature environnantes – les chutes du Niagara n’étant pas loin – ne cesse de réapparaître, comme un trauma, décliné à l’envi, dans son œuvre foisonnante, jalonnée de visions apocalyptiques ou fantastiques. Delort est aussi un enfant de la pop-culture télévisuelle et de son cortège de séries cultes aux personnages sombres. Ainsi, sous son geste sûr, au dessin redoutablement maîtrisé, qui gratte de larges cartes à gratter avec un soin chirurgical, explosent des duels homériques, réalistes et fantasmés. Chacune de ces compositions flamboyantes, inventées d’abord en minuscules esquisses avant d’être reportées sur le support tangible,  fait le bonheur des collectionneurs de sérigraphies et des éditeurs en quête d’illusions épiques pour des couvertures de romans prégnantes. Elles ne sont pas sans rappeler les scènes légendaires des romans de Jules Verne, illustrées naguère par Édouard Riou ou Jules Férat pour la collection Hetzel. Thème récurent : l’humain ou ses alter ego issus d’une mythologie imaginaire, évoluant dans l’immensité de paysages déchirés ou d’une architecture écrasante qui impose le respect aux titans les plus braves. La métaphore visuelle, évidemment, des turpitudes intérieures de ses héros belliqueux ou mystérieux qu’on rencontre chez Tolkien, J.K. Rowling, Chris Carter et Alan Ball. Autres influences : Gustave Doré et ses graveurs Héliodore Pisan ou François Pannemaker. Plus actuels : Mike Mignola, Akira Toriyama, Takehiko Inoue, Hiroaki Samura pour leur énergie contenue et la sophistication des valeurs de gris. Dans ses compositions, les perspectives sont forcées ou appuyées comme pour entraîner dramatiquement les personnages vers leur destin funeste ou leurs quêtes rédemptrices. Pas étonnant de voir figurer Rembrandt ou Arnold Böcklin dans la liste des nombreuses références, car on devine les atmosphères pesantes du symbolisme suisse qui se déploient dans ses panoramas comblés de nuages torturés et de ruines fascinantes. L’extraordinaire surgit partout, soumis, comme nous le sommes, aux rythmes circadiens. Un talent couronné deux fois médaille d’or de la New York Society of Illustrators et dont la puissance graphique réveillera et nourrira votre appétit pour l’aventure.

Sérigraphies disponibles chez :

www.frenchpaper

artclub.com

www.nicolasdelort.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°691 du 1 juin 2016, avec le titre suivant : Delort dans les mains

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