Mercredi 23 octobre 2019

Musée Eugène-Delacroix - Paris 6e

À Delacroix, les artistes émus

Jusqu’au 19 mars 2012

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 26 janvier 2012 - 368 mots

PARIS [01.02.12] - Aujourd’hui tout le monde s’accorde sur le fait qu’Eugène Delacroix est un peintre majeur du XIXe siècle, une figure incontournable de son époque ; on comprend ainsi difficilement qu’il ait disparu en 1863 dans la quasi-indifférence générale. PAR ISABELLE MANCA

Bien que membre de l’Académie et auteur de commandes prestigieuses, le défunt ne reçut en effet que de maigres éloges officiels. Ému par le manque d’éclat de ses obsèques, un jeune peintre, Henri Fantin-Latour, décida de réaliser une grande toile en hommage à l’artiste disparu. Le projet de l’Hommage à Delacroix était né.

Le Musée Eugène-Delacroix consacre à ce tableau une exposition-dossier qui retrace la genèse de la toile, l’évolution de sa composition et la constitution de la galerie de portraits d’une nouvelle génération d’artistes qui s’y place sous l’égide du père du romantisme. Sont réunis autour du portrait du maître sept peintres : Fantin-Latour, Louis Cordier, Alphonse Legros, Albert de Balleroy, James Whistler, Édouard Manet et Félix Bracquemond, ainsi que trois critiques d’art : Charles Baudelaire, Louis Edmond Duranty et Jules Champfleury. Par ce parti pris novateur, le tableau marque un tournant dans l’œuvre de Fantin-Latour qui signe par la suite de nombreux portraits de groupe réunissant les artistes de son temps, dont le célèbre Atelier aux Batignolles.

Documentée, l’exposition rend compte de l’influence considérable qu’exerça Delacroix sur de nombreux peintres, notamment grâce à l’accrochage de copies que Manet et Fantin-Latour firent du maître. Elle s’intéresse également à la réception du tableau, perçu comme une captation indue de l’héritage du maître au service de l’autocélébration d’un groupe d’artistes, dont le travail semble emprunter davantage à la froideur du réalisme qu’à la fougue du romantisme. Cette incompréhension réside dans le fait que les protagonistes ne se revendiquaient pas comme les héritiers du maître, mais entendaient replacer Delacroix comme un des précurseurs de la modernité picturale. Éreintée par la critique, l’œuvre ne réussit pas à s’imposer mais permit de relancer l’intérêt pour l’artiste ; l’exposition se conclut ainsi sur les hommages postérieurs, dont la commande publique passée à Dalou pour ériger une statue à la gloire de l’artiste.

Voir

« Fantin-Latour, Manet, Baudelaire : l’hommage à Delacroix », Musée Eugène-Delacroix, 6, rue de Furstenberg, Paris-6e, www.musee-delacroix.fr

Légende photo

Henri Fantin-Latour, Hommage à Delacroix, 1864, huile sur toile, 160 x 250 cm, Musée d'Orsay, Paris.
© Photo : RMN (Musée d'Orsay)/Hervé Lewandowski.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°643 du 1 février 2012, avec le titre suivant : À Delacroix, les artistes émus

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