De Picasso à Basquiat, un siècle de ruptures

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2005

« Si vous cherchez le feu, vous le trouverez sous les cendres » : cette formule de Mark Rothko, le peintre l’a confiée jadis au grand marchand d’art de Genève Jan Krugier. Celui-ci a choisi d’en faire le titre de l’exposition que le musée Maillol l’a invité à concevoir. Fidèle à la pensée d’André Malraux et partisan comme lui d’appréhender l’art en toute abolition du temps historique, le galeriste s’est intéressé à mettre en valeur la succession des grandes ruptures qui ont marqué le développement de l’art moderne au cours du xxe siècle.
De Pablo Picasso (1881-1973) à Jean-Michel Basquiat (1960-1986), l’un parcourant la quasi-totalité de ce siècle, l’autre n’y faisant qu’une fulgurante apparition, Krugier a rassemblé des œuvres embrasant à elles seules le champ de la peinture.
Il ne s’agit point de souligner un continuum, de sanctionner la linéarité d’une histoire, mais de réunir dans une même unité de temps et d’espace un certain nombre de créations qui ont en commun quelque chose de sublime, toutes chargées d’un message mystérieux et qu’elles tiennent à un même fil conducteur. Pour le marchand genevois, cela trouve à s’exprimer dans un art du cri et de la
déconstruction – un art en quête de l’être en quelque sorte – dont Picasso, Francis Bacon et Germaine Richier sont les figures symboliques et qui se décline en suivant d’autres voies.
Qu’il s’agisse d’une union du beau et du bien avec Joaquin Torrès-Garcia lequel transforme la modernité froide en une facture chaude et tropicale. Qu’il s’agisse d’art brut tel que le défend Dubuffet, inventeur du concept, et qu’illustre magistralement Chaissac. Qu’il s’agisse d’une figuration panique – au sens quasi divin du mot – comme il en est chez Louis Soutter ou chez Basquiat dont les images marquent chaque fois le regard au fer rouge.
Qu’il s’agisse d’une figuration silencieuse, forte d’un poids du temps qui l’ancre au profond de l’intime, comme il y va dans les peintures de Giorgio De Chirico, avec toute leur charge dramatique, ou la sculpture d’Alberto Giacometti dont Jean Genet disait qu’elle avait un « air, à la fois doux et dur, d’éternité qui passe ».
Sans être son « musée imaginaire », l’exposition que nous propose Jan Krugier n’en est pas moins une sorte de florilège de ses amours avouées.

« Le feu sous les cendres, de Picasso à Basquiat », musée Maillol, 61 rue de Grenelle, Paris VIIe, tél. 01 42 22 59 58, 8 octobre-13 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°575 du 1 décembre 2005, avec le titre suivant : De Picasso à Basquiat, un siècle de ruptures

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