De François Ier au Boeing 707, le grand « chambordement »”‰!

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 4 décembre 2007

Symbole du raffinement, Chambord est récupéré par les bons points scolaires et les produits de consommation. L’exposition, un brin narcissique, raconte l’histoire de cette fabrique du goût.

Alors que le Louvre, le Guggenheim ou la Tate sont devenus des marques protégées, Chambord peut quasiment être mis à toutes les sauces d’un syncrétisme culturel ahurissant. Ainsi, sur une publicité pour un flan lyonnais, on retrouve la silhouette du château et sa Sologne d’origine. Cherchez l’erreur.
Mais Chambord ce sont aussi des woks, des réveils, des interrupteurs électriques, des cercueils, des micro-ondes, des cafetières, de la laine à tricoter, des voitures, des avions, du chocolat, des biscuits et, bien entendu, du rêve...

Chambord, château historique ou fiction populaire ?
Rendu vide à l’État, les restaurateurs ont toujours eu à affronter l’épineux problème de son ameublement. Pavillon de chasse démesuré, l’endroit n’était pas destiné à être habité en permanence. Si l’on s’attache à la vérité historique comme l’explique le passionnant et beau catalogue de l’exposition (à l’immanquable couverture lenticulaire !), le mobilier Renaissance serait bien chiche dans ces espaces, d’autant que l’État en possède assez peu.
Alors les salles sont agencées de façon historique sans pointer d’époque précise, comme des sauts temporels, des évocations de certaines époques mieux documentées. Chambord est donc bien une fiction, et cette exposition relate parfaitement l’histoire de sa reconstruction populaire.

Entre souvenirs nostalgiques et pastiches honteux
Et ce réservoir narratif a fait des heureux, pas franchement encombrés par l’histoire de France. François Ier, cet esthète, devient le porte-drapeau tout trouvé pour véhiculer l’image des plaisirs et des divertissements luxueux. Pas toujours de bon goût non plus.
Sans angélisme, la visite met le doigt là où ça fait mal. La récupération du mythe est forcément pittoresque, faisant alterner souvenirs nostalgiques et pastiches honteux. Chambord a en effet suscité une authenticité de synthèse bien malgré lui. Et même les livres scolaires y sont allés de leurs interprétations.
Au fil des lectures et de la visite, entre effet « madeleine de Proust » à répétition et raretés, on croise aussi l’histoire de la Simca Vedette Chambord, un fiasco industriel mais une merveille mécanique, dans laquelle se sont assis les présidents français et d’illustres invités, de Kennedy à la reine d’Angleterre. Ah ! Chambord ! Ambassadeur du bon goût à la française. Même Air France avait baptisé un de ses Boeing 707 de cet illustre nom. Avec un slogan « Votre “château” volant vous emmène à travers le monde entier ». On croit rêver.
C’est là toute la réussite de l’exposition : entre fantaisie et érudition, « Made in Chambord » offre une nouvelle histoire au château, un grain de folie dans quelques-unes des quatre cents salles que compte ce colossal paquebot.

Autour de l’exposition

Informations pratiques «”‰Made in Chambord”‰», jusqu’au 5 mai 2008. Commissaire”‰: Valérie Perlès. Domaine national de Chambord, Maison des réfractaires, Chambord (41). Ouvert toute l’année sauf les jours fériés. Jusqu’au 31 mars de 9”‰h à 17”‰h”‰15, à partir du 1er avril et jusqu’à la fin de l’exposition de 9”‰h à 18”‰h”‰15. Tarifs”‰: 8,50 € et 6,50 €. Tél. 02”‰54”‰50”‰40”‰00, www.chambord.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°597 du 1 décembre 2007, avec le titre suivant : De François Ier au Boeing 707, le grand « chambordement »”‰!

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