Dimanche 15 septembre 2019

De cape et d’épée - Tous pour un !

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 3 juin 2014 - 452 mots

Le Musée de l’armée raconte l’histoire des mousquetaires en prenant appui sur Alexandre Dumas.

PARIS - Publié le 14 avril 1844 dans les colonnes du quotidien Le Siècle, le premier chapitre des Trois mousquetaires inaugure une série d’aventures picaresques (Vingt ans après, Le Vicomte de Bragelonne) dont le succès ne se dément pas. Une épée, un chapeau à panache, une casaque bleue ornée d’une croix fleurdelisée et de longues bottes suffisent à évoquer cet archétype du Grand Siècle, dont le courage au combat, l’intégrité et la fidélité sont aujourd’hui attribuées à des champions de tennis et même à des « défenseurs » de la clientèle de la grande distribution. Détenteur de l’extraordinaire collection d’armes à feu réunie par Louis XIII, fondateur du corps des mousquetaires en 1622, le Musée de l’armée propose un retour au passé, à l’époque même de d’Artagnan (1611/1615-1673), et démêle le vrai du faux dans les histoires contées par Dumas. Car contrairement à l’image formatée par les arts visuels et en particulier le cinéma, le mousquetaire n’est pas un as de l’épée qui aurait pour fâcheuse habitude de s’élancer en s’accrochant aux lustres ; il doit son nom au mousquet à mèche, lourd fusil posé sur un pied appelé « fourquine », avec lequel il combattait à pied.
Le panneau qui accueille le visiteur en début de parcours pose les jalons chronologiques et relève d’entrée les anachronismes et libertés prises par l’écrivain au sujet de ce bras armé du pouvoir royal. Les commissaires Olivier Renaudeau, conservateur chargé du département ancien, et Dominique Prévôt, chargé d’études documentaires au département moderne du musée parisien, abordent les points clés des romans de Dumas : les ferrets de la reine, les figures historiques des cardinaux Richelieu et Mazarin, le masque de fer, la bataille de Maastricht au cours de laquelle meurt d’Artagnan… Et font un clin d’œil à leurs interprétations dans la culture populaire du XXe siècle avant de s’employer à en restituer les racines historiques.

Le résultat est une exposition délicieusement riche, documentée et structurée, dans laquelle on peut découvrir des pièces aussi variées que les plans de la caserne des mousquetaires dans le faubourg Saint-Germain, le contrat qui lie la Metro Goldwin Mayer à l’acteur américain Vincent Price pour son rôle de Richelieu dans le film réalisé par George Sydney en 1948, ou encore la caricature (raciste de surcroît) par Cham d’un Alexandre Dumas faisant mijoter ses personnages dans une imposante marmite avant de servir la soupe de son dernier roman. Anecdote : en 1824, Alexandre Dumas fait la rencontre de Théodore Géricault sur son lit de mort. Loin de lui l’idée qu’il était au chevet de l’un des derniers mousquetaires de la seconde compagnie au service de Louis XVIII.

Mousquetaires !

Jusqu’au 14 juillet, Musée de l’armée, hôtel des Invalides, 129, rue de Grenelle, 75007 Paris, tél. 01 44 42 38 77, www.musee-armee.fr, tlj 10h-18h, 10h-21h le mardi. Catalogue, éd. Gallimard, 272 p., 35 €.

Légende photo
Caricature représentant Alexandre Dumas en mousquetaire, par André Gill, paru dans La Lune n° 39, 2 décembre 1866, collection particulière. © Photo : Musée de l’Armée/Dist. RMN.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°415 du 6 juin 2014, avec le titre suivant : De cape et d’épée - Tous pour un !

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