Dimanche 18 février 2018

Dans les artères de Montparnasse coule le sang des artistes

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 27 septembre 2007

Un demi-siècle durant, le quartier de Montparnasse a aimanté les artistes du monde entier. Or, tout magnétisme, par définition, dé-boussole”¯: brève topographie d’un univers bien singulier.

Il en est de Paris, en ce début de XXe siècle, comme d’un corps. Un corps frénétique et vivace. Un corps dont le cerveau esthétique fut un temps Montmartre, refuge d’une bohème désargentée exilée sur ces cimes périphériques capitales. Mais Montparnasse concurrence la Butte, faisant chavirer les cœurs et, avec, le Bateau-Lavoir et sa flotte.
Or un corps ne peut survivre s’il est bicéphale : aussi la rive gauche supplante-t-elle rapidement la droite, inversant les rôles et les pôles. Montparnasse est devenu le cœur des débats. Un cœur avec ses soubresauts, ses épisodes sanguins et ses pulsations. Un cœur avec ses artères également, dont l’une, le boulevard Montparnasse, assure à elle seule la circulation des idées et la bonne santé artistique d’un organisme fébrile parce que trépidant et soumis à de nombreuses (hyper-)tensions.

Picasso, l’étincelle qui embrase le quartier
À l’aube du siècle, Montparnasse n’est pas une terre vierge. Au contraire. Gauguin, Rimbaud ou Verlaine habitent cet îlot verdoyant et populeux, peuplé d’échoppes miséreuses et d’écuries. Pas en jachère donc. Mais en friche. Il faut l’arrivée d’immigrés majoritairement russes pour qu’un chaos organisé s’installe autour de Zadkine, Krémègne, Soutine ou Marevna qui élisent demeure dans ce quartier au nom élyséen et essaiment leur talent depuis la Ruche, cette « Villa Médicis pour artistes pauvres ».
Si Modigliani, Kisling ou Pascin ajoutent des drapeaux à cette géographie multinationale, Picasso lui donne la gloire. Car son arrivée depuis Montmartre en 1912 est celle d’un artiste poursuivi par ses pairs et les marchands. Le roi et sa suite ouvrent le bal et une nouvelle ère...

Paris est une fête aux noms exotiques : Kiki, Aïcha, Bronia...
Bien que les ateliers soient nombreux, l’école est souvent celle de la rue. Et du café. Le Dôme, La Rotonde puis La Coupole détrônent le potentat de La Closerie des Lilas, fréquentée par Baudelaire ou Lénine. Fêtes et scandales, drogues et élixirs scandent les jours et les nuits de ces artistes apatrides entourés de muses aux noms exotiques : Kiki, Aïcha, Bronia ou Youki.
La guerre puis les « années folles ». Nulle succession de deux époques ne désigne mieux la frénésie des drames et des bonheurs, des larmes et des rires en ce Montparnasse qui semble renaître invariablement de ses cendres. La dernière étincelle, encore, sera pour le roi. Malraux est univoque : « Symboliquement, à la mort de Picasso, l’école de Paris finit, l’audiovisuel commence ».
Bientôt, Saint-Germain-des-Prés prendra le relais de ces Heures chaudes de Montparnasse, aujourd’hui sur la toile et dans la boîte...

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Les Heures chaudes de Montparnasse » jusqu’au 6 janvier 2008. Commissaire”‰: Jean-Marie Drot. Musée du Montparnasse, 21, avenue du Maine, Paris XVe. Métro Montparnasse-Bienvenüe, Falguière. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 12 h 30 à 19 h. Tarifs”‰: 6 € et 5 €. Tél. 01”‰42”‰22”‰91”‰96, museedumontparnasse.net

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°595 du 1 octobre 2007, avec le titre suivant : Dans les artères de Montparnasse coule le sang des artistes

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