Vendredi 26 février 2021

Damián Ortega, dans la ligne de mire

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 16 décembre 2008 - 355 mots

Damián Ortega, chef de file de la scène contemporaine mexicaine, s’est fait remarquer en 2003 à la Biennale de Venise par un geste détonant : l’atomisation d’une coccinelle, voiture mythique de Mexico.

Depuis, il a exercé son art de la dé-composition, du dépliage du réel sur toute sorte d’objet.
Si la rhétorique est familière à l’espace 315, elle s’avère cependant un peu plus didactique qu’à l’accoutumée, plus progressive. Dans un mouvement inverse, l’objet se construit au fur et à mesure que l’on pénètre dans un espace constellé de mobiles colorés en Plexiglas translucide, accrochés avec régularité sur des fils de Nylon. «    J’imagine cela comme du gaz comprimé, suspendu en l’air, formant une figure conique, comme un essaim d’abeilles…    », répond-il dans le catalogue. Ces rangées de «    rideaux    » avancent dans l’espace et décroissent en concentration pour amener le spectateur à contourner une cimaise. Derrière, un petit dispositif permet de se coller à un œilleton et de découvrir «    l’image    », un œil. Il a fallu ainsi sonder la matière, parcourir ces six mille disques pour atteindre le point de fuite.
Cette mise au point graduelle laisse toutefois un peu sur sa faim tant l’image est un peu la tarte à la crème de l’histoire de l’art. Le regard, l’introspection, la fameuse qualité optique qui conduisit à la composition des images à perspective centrée, voilà à quoi peut renvoyer cet œil. Un «    truc    » vieux comme le monde.
Bien sûr, c’est davantage le jeu de va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur des systèmes qui intéresse Ortega. Le fait aussi qu’il ait trouvé cette image dans la rue, peinte sur un mur, rappelant étrangement ce mural réalisé par le graphiste Cassandre en 1937 pour Ford, un gigantesque œil scrutateur.
Mais malgré cela, on ne retrouve pas ici la force dynamique et déstabilisante de ses précédentes explosions rétiniennes. On frôle la démonstration. Heureusement, dans les étages du musée, salle 24, Ortega nous redonne satisfaction avec Molecula de glucosa expandida, une acquisition récente. Ouf !

A voir

« Damián Ortega, champ de vision », Centre Pompidou, Espace 315, place Georges Pompidou, Paris IVe, www.centrepompidou.fr, jusqu’au 9 février 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°609 du 1 janvier 2009, avec le titre suivant : Damián Ortega, dans la ligne de mire

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