Dimanche 16 décembre 2018

XIXe

Dague et ciseau

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 12 mars 2013 - 446 mots

L’Historial de la Vendée sort la sculptrice et légitimiste forcenée Félicie de Fauveau de l’oubli.

Les Lucs-sur-boulogne -  Coiffure de page, robe historiciste et lévrier fidèle : c’est en chasseresse médiévale-Renaissance que Félicie de Fauveau (1801-1886) s’est auto-portraiturée dans le marbre. En partenariat avec le Musée d’Orsay, l’Historial de la Vendée des Lucs-sur-Boulogne met pour la première fois en lumière l’œuvre et la personnalité fantasque de cette sculptrice autodidacte, portée aux nues par Stendhal lors du salon de 1827 et célébrée par ses contemporains comme la plus grande artiste femme de l’époque.

À la différence de Marie d’Orléans, fille de Louis Philippe et autre représentante de la sculpture romantique, Félicie de Fauveau a sombré dans l’oubli après sa mort. Son opposition au régime en place n’y est pas étrangère. En 1832, cette légitimiste forcenée entre dans l’insurrection pour renverser la monarchie de Juillet. Pour avoir participé à la guerre clandestine de Vendée aux côtés de la duchesse de Berry, « mère du véritable Roi de France », elle est emprisonnée. À Florence, où elle s’exile jusqu’à la fin de sa vie, elle choisit de ne répondre qu’à une clientèle légitimiste, refusant les reproductions en série de ses œuvres. Dispersées dans des collections particulières de l’aristocratie internationale, ses productions ont été tenues à l’abri des regards. Par l’entremise de Christophe Vital, conservateur du lieu, l’Historial de la Vendée a fait l’acquisition de plusieurs œuvres de la sculptrice.
Les convictions de Félicie de Fauveau font toute l’originalité de ses créations. Habitée par une foi inébranlable dans le droit divin, elle a mis le répertoire iconographique gothique et renaissant au service d’un programme légitimiste et catholique. Saint Georges terrassant le dragon, saint Michel chassant les démons et rois de France aux traits de l’héritier du dernier Bourbon défilent sous la forme de bas-reliefs, bustes à mandorle et bénitiers figuratifs. Celle que l’on appelait « Mademoiselle l’Abbé » a regardé du côté de Donatello, Ghiberti et Cellini, ressassant un passé prérévolutionnaire jusqu’à l’obsession.

Les plus de quatre-vingt-dix œuvres de Félicie de Fauveau composant l’exposition, mises en valeur par une scénographie aux accents néogothiques, donnent une vision homogène mais encore parcellaire de l’œuvre de l’artiste. De nombreuses pièces sommeillent encore dans des collections particulières, comme les objets décoratifs néogothiques, part importante de sa création. Car si pour cette militante royaliste les outils du tailleur de pierre étaient la première arme, c’est grâce à ses dagues en argent ciselé qu’a été amorcée sa redécouverte il y a vingt-cinq ans.

Félicie de Fauveau (1801-1886), l’amazone de la sculpture

jusqu’au 19 mai, Historial de la Vendée, allée Paul-Bazin, 85170 Les Lucs-sur-Boulogne, tél. 02 51 47 61 61, tlj sauf lundi 10h-18h (19h à partir d’avril).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°387 du 15 mars 2013, avec le titre suivant : Dague et ciseau

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