Mercredi 20 novembre 2019

Musée Rodin, Paris Jusqu’au 4 septembre 2011

Conversations avec Auguste Rodin

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 22 juin 2011 - 356 mots

L’une des qualités particulièrement saillantes de l’exposition « L’invention de l’œuvre. Rodin et les ambassadeurs » réside certainement dans une scénographie qui permet à chaque spectateur d’inventer son propre parcours, en toute subjectivité. Et le pari est réussi quand une véritable jubilation esthétique et intellectuelle gagne le visiteur confronté à cet étrange « cul à cul », (Butt to Butt [Large], 1989), de Bruce Nauman –  en fait d’effrayants jumeaux siamois orangés suspendus à plus de deux mètres du sol –, voisinant avec Nymphe pleurant et torse masculin (vers 1900), un plâtre de Rodin tout aussi siamois et inquiétant.
Disposée dans une vaste salle claire de part et d’autre d’une large allée centrale doublée d’allées collatérales, cette confrontation inédite entre une centaine de sculptures de Rodin (1840-1917) et une trentaine d’œuvres modernes et contemporaines permet à chaque spectateur de se livrer à un passionnant et imprévisible jeu d’associations et de dissociations. Organisée en onze grandes sections dont les thèmes sont empruntés au métier d’artiste, au process (matières et matériaux, combiner, la peau, dissoudre, etc.), l’exposition ne cherche pas tant à établir des filiations et des descendances qu’à interroger des permanences, des variations, des glissements et des retournements. Les œuvres sont ici disposées et mises en regard les unes avec les autres avec l’ambition de proposer de nouvelles dynamiques et d’inciter le spectateur à échapper aux stéréotypes et aux conditionnements esthétiques du « culturellement correct ».

Confrontés à des œuvres de Jean Arp (1886-1966), de Marcel Duchamp (1887-1968) ou d’artistes plus jeunes, comme Ugo Rondidone (né en 1964) et Urs Fischer (né en 1973), l’œil et l’esprit peuvent réinventer une lecture absolument personnelle de chaque « objet » présenté, et glisser en toute liberté d’un champ à l’autre, du statut d’artefact, d’objet d’étude, de matériaux provisoires à celui d’œuvre, voire à celui de « chef-d’œuvre ». Présente à « Chefs-d’œuvre ? », l’exposition inaugurale du Centre Pompidou-Metz en 2010, la Robe de chambre de Balzac (1897) entre ici en résonance avec La Peau (1984) de Joseph Beuys.

« L’invention de l’œuvre. Rodin et les ambassadeurs »

Musée Rodin, 79, rue de Varenne, Paris-7e, www.musee-rodin.fr, jusqu’au 4 septembre 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°637 du 1 juillet 2011, avec le titre suivant : Conversations avec Auguste Rodin

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