Dimanche 18 novembre 2018

Connus et pourtant mystérieux, les reliquaires Kota

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 juin 2003 - 344 mots

Nés dans les immenses forêts équatoriales du nord du Gabon, les reliquaires Kota qui nous sont parvenus sont malheureusement presque toujours incomplets. Ils datent pour la plupart de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Les collectionneurs n’en ont gardé que la partie supérieure sculptée en forme de visage et ont éliminé le panier en écorces contenant des reliques dans lequel cette figurine était plantée. Ils n’avaient pas compris que pour les diverses ethnies kota, au contraire, c’étaient les reliques qui importaient. Ces fragments d’ossements d’ancêtres célèbres, auprès desquels on intercédait pour obtenir divers bienfaits, ces crânes et phalanges mêlés, matérialisaient la mémoire du défunt pour un peuple profondément religieux pratiquant le culte du bwiti. Le visage n’était pas un portrait du disparu mais l’évocation symbolique et abstraite d’une réalité qui n’est jamais copiée. Toujours bidimensionnelle, désincarnée, c’est une image transfigurée, resplendissante de tout l’éclat des métaux, cuivre et laiton qui, en plaques ou en lamelles, recouvrent la face. À l’origine, ces figurines brillaient dans l’ombre, groupées non loin du village dans une petite hutte à usage rituel. Les formes n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Pourquoi ce front bombé surplombant des joues concaves, pourquoi ailleurs les deux faces d’un janus s’accolent-elles dos à dos, le recto convexe, le verso toujours concave ? Autour de ces visages ondulent les coiffes ou cimiers lisses ou travaillés de lignes, de points, portant parfois un emblème de lignage. Entre le visage et les reliques se découpe un losange toujours présent, diversement expliqué, bras stylisés ou symbole de la vulve « porte de la vie ». Le même motif apparaît de nouveau à l’envers de certaines têtes. Tel qu’il était à l’origine dans sa totalité, liaison entre le monde des vivants et l’au-delà, le reliquaire rappelle l’inévitable réalité de la mort dans toute sa misère matérielle mais dresse au-dessus de ces pauvres reliques une image transfigurée, bénéfique, qui magnifie le souvenir.

« Figures de reliquaires Kota », PARIS galerie Ratton-Hourdé, 10 rue des Beaux-Arts, VIe, tél. 01 46 33 32 02, 12 juin-26 juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°548 du 1 juin 2003, avec le titre suivant : Connus et pourtant mystérieux, les reliquaires Kota

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